RUES BARREES, quartiers bouclés, cordons de sécurité, police, armée, services secrets. Plages quadrillées, petit peuple tenu à distance. Petit peuple privé des commémorations du D.Day avec ses Grands.

Juste des images qui lui sont données en guise de nourriture pour faire comme si. Comme s'il se passait quelque chose. C'est beau toutes ces fanfares, tous ces uniformes C'est beau mais ce n'est juste qu'une garden party pour puissants qui se délectent à la table du château, règlent en tranchent leurs petites affaires, toujours à bonne distance respectable des gens, des vrais gens.

Un bon roi est pourtant un roi au milieu des personnes qui lui font confiance, un bon président fend la foule et prend le risque d'une balle perdue. Un souverain n'est jamais que le dépositaire d'une idée et d'une transmission historique, ce n'est pas une porcelaine fragile révérée comme une idole.

Ce commémorations me laissent toujours un goût d'amertume parce qu'elles dévient de plus en plus vers le passage obligé et le tout sécuritaire. Parce qu'elles se coupent du vrai besoin de gens: celui de se souvenir en connexion directe avec le passé et le combat de ceux qui ont dit non. Nous avons besoin d'empathie, pas de protocole de coin de table.

On nous en colle plein la vue, on nous dit à quelle minute il faut penser à untel ou untel, à quelle seconde il faut se souvenir de ceci ou cela mais on ne travaille pas sur la conscience de la mémoire. On sort des placards les anciens combattants pour essayer de faire oublier qu'on les y a tenus enfermés si longtemps.

De la même façon qu'on nous vole de plus en plus souvent notre patrimoine commun quand on privatise un bâtiment ancien pour en faire payer la visite ou la jouissance, on nous confisque nos mémoires, nos souvenirs, ceux de nos ancêtres pour en faire une fête des grands de ce monde, des gens importants ou qui se targuent de l'être.

Elizabeth, Madame, j'ai pour vous le grand respect que j'ai pour ma propre grand-mère, petite femme du peuple émigré d'Italie mais je me contrefous de me tenir à trois pas de vous afin de respecter un usage totalement absurde.
Présidents puissants avec le doigt si près du Bouton Rouge, n'oubliez pas d'où vous venez, ni que vous tenez votre pouvoir des hommes et des femmes que vous représentez. Sans eux, vous n'êtes rien. Alors, ne leur manquez pas de respect en théâtralisant tous vos gestes et vos discours.
Et puis, il y a tous ces morts dont beaucoup ont fait les frais de décisions stupides: qu'on se souvienne d'eux avec la modestie qui s'impose et en se demandant si nous aurions fait la même chose à leur place.

On nous a confisqué le D.Day, comme on nous a confisqué tout le reste, parce que personne n'a jamais rien dit ni jamais imposé modestie, partage et sincère simplicité.