25 février 2012

"Tu montes, Chéri ?": Reconsidérer la prostitution.

Quand on parle de prostitution dans l'actualité par la voix des médias ou des hommes politiques, c'est presque toujours pour en dénoncer l'existence. Cela est fait plus ou moins ouvertement avec l'idée que, dans une société idéale, le sexe tarifé n'existerait pas.

Quand on parle de prostitution on ne tarde pas à citer des éléments qu'on présente comme des corollaires quasiment incontournables et qui choquent l'opinion publique parce qu'ils constituent la négation de la dignité humaine: l'exploitation du corps et sa marchandisation au coeur de trafics illégaux.

Tout cela est évident. Pourtant, dans ce domaine comme dans d'autres, il me semble plus sage de considérer les choses avec lucidité et un certain recul.

Car la prostitution en elle même n'est pas un problème si elle résulte d'un choix personnel opéré sans pression. Elle fait d'une activité liée au corps une source de revenus, point. Que le sexe soit ou pas en question dans cette activité ne change rien. Après tout, un sportif de haut niveau ou un acrobate tirent aussi leur subsistance de leurs talents et performances physiques.

D'un point de vue purement objectif, la travailleuse du sexe, ou le travailleur d'ailleurs aussi, est une professionnelle comme une autre.

L'histoire des civilisations humaine a montré combien ce métier, si original, si proche de la chair et de ses nécessités est aussi symptomatique de notre humanité. La prostituée ne fait pas que rendre possible l'assouvissement d'un besoin physique, elle a aussi un rôle social, à la fois médiatrice et défouloir, elle initie, elle contribue à maintenir l'équilibre dans le groupe. La cocotte des trottoirs représente à la fois toute la culpabilité des hommes, la honte des femmes mais aussi l'oreille rassurante qui peut tout entendre sans juger, le travelot fascine les mâles autant qu'il les effraye dans l'incarnation de ce troisième sexe si mystérieux... La prostitution n'est pas une marge de la cité humaine mais plutôt l'une de ses constituantes.

Imaginer une société sans prostitution est une illusion. Et c'est bien parce qu'on a cru pouvoir changer durablement ce fait plusieurs fois au cours de l'Histoire qu'on l'a renforcé et rejeté dans les bas-fonds, qu'on l'a précipité dans les bras du crime et des mafias en tous genres.

Alors, bien sûr, il y a l'argument de la morale. Pour les cultures et les individus qui ne considèrent le sexe que comme un moyen de procréation, l'idée de le vendre pour le plaisir ou par nécéssité est choquante. Parce que le sexe est insaparable du concept d'intimité la plus enfouie, la plus secrète... Pourtant si on considère l'acte sexuel (avec tout ce qu'il comporte ne terme de fantasmes, de situations, de préliminaires etc...) comme une expression du corps, au même titre que d'autres, cette notion morale devient très subjective et à géométrie variable. Ce sont souvent les personnages les plus conservateurs et rigoristes qui sont surpris en charmante compagnie parce que l'appel de la chair est trop fort et que quelques pièces achètent le silence ou soulagnent les consciences... Ces mêmes qui sont intransigeants sur l'arsenal répressif contre la prostitution et qui fermeront les yeux sur des choses moralement plus graves.

La question de la prostitution devrait plutôt amener le législateur à prendre des décisions plus logiques, plus efficaces. Le problème, c'est celui du proxénétisme et de l'exploitation par d'autres de corps qui ne leurs appartiennent pas, par nature. C'est donc à ce hiatus-là qu'il faut s'attaquer, pas à celui des filles ou des garçons qui se vendent eux-mêmes pour des raisons qui leur sont personnelles.

La société idéale n'est pas celle qui aurait éradiqué toute forme de prostitution mais bien plutôt celle qui saurait encadrer cette activité comme n'importe quelle autre. En lui reconnaissant d'abord un statut de réelle profession avec ses spécificités, ses usages, en favorisant des statuts personnels qui permettent à chaque travailleur-travailleuse du sexe de gérer son indépendance ou de faciliter des collaborations, en rendant possible, enfin, l'existence de lieux spécialement dédiés, de formes variées (maisons closes, centres de relaxation etc...) soumis à des contrôles en matière d'hygiène, de sécurité, de normes pour mettre fin au racolage et à l'opacité qui engloble tout cet univers de façon plus générale.

Aujourd'hui, seules les prostituées de haut-vol, les call-girls semblent jouir d'une certaine indulgence, parce qu'elles sont souvent indépendantes, cultivées et qu'elles connaissent les petits secrets des hommes influents ou qu'elles sont habilement utilisées par ceux qui veulent en savoir davantage. Cette prostitution de luxe ne représente qu'une infime partie de la nébuleuse et ce qui importe, plutôt que de proposer inlassablement des mesures répressives inefficaces et coûteuses en temps et en moyens, c'est de trouver un juste équilibre qui cesse de faire de la culpabilité et de l'ostracisme un mode de fonctionnement.

Les prostitués de tous sexes ne sont pas la lie de l'humanité ni leurs clients des âmes perdues.

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