Chroniques Qaherabeariennes

Réflexions d'un Ours dans la marche du monde

19 novembre 2009

Jeux de mains, jeux de vilains.

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Les crétins millionnaires n'ont même pas été capables de gagner proprement ce fameux match dont on nous avait rebattu les oreilles. Aujourd'hui, on ne parle plus que d'une main... Une main dans un jeu de pied qui devient même affaire d'état  avec un vraie mauvaise foi démagogique tandis que les barbaresques du quartier ont défilé en vociférant , toute la nuit dernière, parce qu'une autre équipe, elle, a vaincu contre toute attente.

Si le jeu de la balle au pied est activité respectable, le système-football, lui, est définitivement affaire d'imbéciles. Un élément de plus qui abrutit les masses et nos pseudo-élites, encore une petite chose qui nous conduit sûrement vers le clash à venir.

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14 novembre 2009

A propos du film "2012"

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On sait très bien que ça n'est pas dans un film catastrophe qu'il faut aller chercher le scénario parfaitement ficelé qui sorte de l'ordinaire. Ceux d'Emerich en particulier ne font pas exception à cette observation. "Independance Day" était d'une platitude extrême, tandis que "The Day after Tomorrow" se montrait à peine plus développé avec, toutefois, un frémissement critique sur l'attitude condescendante des pays du Nord vis à vis de ceux du Sud, pas assez exploité d'ailleurs ce frémissement critique, resté à l'état d'ébauche.

Il faut croire que les choses évoluent dans le bon sens puisque "2012" représente, à mon avis, une autre étape dans la lente maturation de ce qui sera, peut-être un jour, un genre de film plus équilibré entre la qualité de l'histoire et la juste dose d'effets spéciaux judicieux.

"2012" est un film long -plus de 2h30-, trop d'ailleurs dans le sens où le côté suspense dans l'action est par trop exploité. On demeure en cela complètement dans le modèle du film hollywoodien à gros budget dans lequel le héros -évidemment sentimentalement enferré dans une existence complexe- passe d'une situation épineuse à une autre au point qu'on finit par s'embrouiller sur sa nature (est-il humain ou...super-héros?). L'aspect cataclysmique vient renforcer cette action permanente. Et, selon la recette éprouvée, il a le côté jubilatoire des destructions massives qu'on n'oserait imaginer, même dans nos rêves les plus fous. Des bâtiments qui éclatent, la croûte terrestre qui craque comme une croûte de pain, du feu, de l'eau...Beaucoup d'eau.

Les effets spéciaux sont ici encore plus spéciaux et on à l'impression d'une débauche technique et d'une autre forme de jubilation. Il faudrait être revenu de tout pour ne pas s'en délecter. Ca dévale, ça explose, ça...tectonique et les êtres humains sont réduits à l'état de pauvres choses qui s'agitent et sont décimés, engloutis à la façon de fourmis dans des galeries inondées.

Bien entendu, le film est truffé de purs délires plus ou moins étayés par la science (qui peut dire tout et son contraire), d'histoire de neutrinos qui arrivent trop vite et en trop grande quantité, de volcans qui deviennent encore plus volcaniques et de tsunamis dont les vagues sautent allègrement au dessus des plus hauts sommets du monde... Il y a des tas d'invraisemblances certes, mais peu importe: on s'y croirait!

La fameuse théorie de la fin du monde par le glissement des pôles et tutti quanti, n'est ici qu'un prétexte. Prétexte pour tout casser grâce à la palette graphique et faire une sorte de gigantesque nettoyage de printemps. Prétexte surtout pour illustrer l'un des plus vieux mythes fondateurs de l'humanité: celui de l'arche de Noé (ou de l'épopée de Gilgamesh).
La reprise de cette idée sauve d'ailleurs le film d'une fin à la "Jour d'après", bâclée et bancale (merci aux gentils Mexicains de nous avoir accueillis et hop! On annule la dette!) et elle donne l'occasion de poser quelques questions fondamentales. Elles aussi contribuent à rehausser le niveau de base de scénario.
Voila pourquoi j'écrivais plus haut qu'il y a bon espoir pour que les films du genre deviennent un jour des oeuvres plus...profondes.

Ici on se demande clairement ce qui fait la valeur d'un homme par rapport à un autre: sa richesse financière? Sa capacité d'abnégation? Son savoir? Sa sagesse?... Dans une situation d'urgence extrême; de survie d'une espèce entière, la notre, quelles "valeurs" serviraient de filtres pour sélectionner ceux autorisés à vivre? Que représente l'individu dans une masse animée par la peur? Que reste-t-il enfin des grands idéaux quand les gouvernements n'existent plus, quand les cadres mêmes de la civilisation humaine ont volé en éclat? Autre chose encore: peut-on tout dire au monde entier? Dans quelle mesure le secret n'est-il pas garant d'une certaine forme d'efficacité face à la panique, à l'irrationnel?

Toutes ces interrogations hautement philosophiques sont abordées dans le film. Peut-être pas de la meilleure manière qu'il soit, avec la clarté qu'il faudrait, certes. Mais, à qui ouvre un peu ses yeux et ses oreilles, à qui va au delà du choc des montages techniques, ce sont des fondamentaux qui doivent trouver un écho et permettre également de conserver cette nécessaire dose de rationalité à opposer aux millénaristes de tous bords et autres excités de la repentance , "avant qu'il ne soit trop tard"...

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08 novembre 2009

Tropiques

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Claude Lévi-Strauss est mort à un âge aussi symbolique qu'avancé et, une fois de plus, les médias s'engouffrent dans une brèche et déversent leur lot d'à-peu-près. Première phrase de Tristes Tropiques maintes fois ressassée, biographie résumée comme on prépare un apprêt pour recouvrir grossièrement une façade. Le tout et surtout, le rien.
Après les politiques, qui sont allés chacun de leur petit commentaire, devançant même les questions des médias, les "intellectuels" ont pris le relai, pleurant sur le dernier génie à jamais disparu comme sur un phare qui se serait écroulé en pleine mer déchaînée...

Pourtant de Lévi-Strauss ces mêmes personnes ont fort peu parlé ces trente dernières années (c'est à peu près la période que ma mémoire rétrospective parvient, en gros, à remonter). Moi-même, je ne l'ai découvert qu'à l'extrême fin de mes années de lycée et le peu que je savais alors de lui avait complété la case "révélations" de mon petit cerveau d'homo sapiens sapiens (où se trouvait déjà Michel Serres par exemple...). Peut-être parce que moi j'ai vécu sous ces tristes tropiques et que, même si je ne comprenais pas tout de cet ouvrage déjà ancien et que je n'ai jamais lu in extenso (ni aucun autre du savant d'ailleurs), je pouvais en percevoir le propos, ou tout au moins en avoir un frémissement...

On brosse depuis quelques jours un portrait de Lévi-Strauss qui ne tient pas compte de la complexité du personnage, de son côté profondément humaniste et à la fois terriblement désabusé, de la prégnance de ses origines juives dans sa vie et, en même temps, du peu d'intérêt qu'il portait à la religion  en général. Alors, on se risque à dire qu'il était quand même opposé à l'entrée des femmes à l'Académie française, au risque d'écorner son image. Mais c'est pour mieux occulter que cette prise de position avait pour lui une justification "ethnologique": l'Académie, créée au XVIIème siècle par des hommes ne devait alors ne recevoir en son sein que des hommes et ce, peu importe les époques. Cela faisait partie de la règle, au même titre que d'autres règles coutumières dans des peuplades primitives.
D'ailleurs, d'un Français ou d'un Amérindien qui était le plus "primitif" des deux? Des coutumes, des traditions, des quêtes, des besoins, des attentes, des dieux... Bref, des humains.

Lévi-Strauss était aussi un homme ancré dans sa génération. Il a connu l'époque des empires coloniaux finissants, des chocs et des carnages. Il a vu des sociétés humaines se faire et se défaire. En traversant le pire siècle de notre histoire, il a certes témoigné d'une vision acérée et avant-gardiste des choses mais une vision passée au travers de tous ces filtres-là. Il a finalement remis au centre la réflexion fondamentale concernant la relation des Hommes à la Nature après avoir observé tout ce que ces premiers lui avait fait subir et tout ce qu'ils se faisaient subir entre eux.

Alors, qu'on ne fasse pas aujourd'hui de Claude Lévi-Strauss un grand visionnaire, un peu prophète, un peu génie, car ce serait dénaturer ce qu'il nous a laissé: le témoignage d'une profonde humanité érudite pleine de doutes qui doit nous éclairer sur nos propres limites et  nous aider à enfin aborder efficacement les grandes incertitudes de notre avenir planétaire.

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07 novembre 2009

Quelle impression?

Quelle impression a-t-on sur une scène ou un podium quand on reçoit une médaille, un bouquet de fleur ou un papier roulé dans la boucle d'un ruban? Que ressent-on quand on entend son nom prononcé en public par un jury, quand on a longtemps attendu dans une certaine tension et que des applaudissement crépitent? Pas forcément ceux d'une salle gigantesque non, juste quelques applaudissements...
Ce doit être quelque chose d'étrange et, finalement, de difficilement descriptible avec le recours des seuls mots. Certains parleront d'une sensation grisante. Dans le fond, moi, je n'en sais rien.

Je n'ai jamais connu pareils moments. Je n'ai jamais été distingué d'aucune façon que ce soit dans les différents concours auxquels j'ai pu participer. Elève globalement moyen, étudiant perdu dans la foule des autres étudiants, je ne suis jamais sorti du lot, même une seule fois, même "pour un instant, pour un instant seulement" comme le chantait Brel. Je pense que c'est certainement par manque de talent. De talent "réel". Comprenez par là cette étincelle qui fait qu'un dessin, qu'une copie, qu'un propos jaillisse du lot et provoque une attirance, un intérêt particulier.
Je ne suis pas en train de me livrer ici à un drôle de jeu type auto-critique sauce Révolution Culturelle, à la façon d'un Pu-Yi déchu, non. J'introspecte, si je puis dire.

Autour de moi, dans le monde qui est le mien, j'entends toujours parler de prix, de lauréats, de concours, d'expositions, d'articles dans la presse, de propositions artistiques, de publications... En bref, d'une certaine forme d'accomplissement -encore que la finalité soit au delà de tout cela-, de réussite peut-être même. Je me suis souvent dit que si je passais à côté, cela signifiait sans doute que j'ignorais comment actionner les bons rouages, être là où il faut quand il faut, savoir se vendre (ce que je ne sais définitivement pas faire, peut-être parce que le principe même du commerce -pourtant si civilisateur dans l'Histoire- me déplaît singulièrement).
Mais si, en définitive, c'était autre chose? Autre chose de beaucoup plus simple: l'absence tout simplement d'un quelconque talent? On peut croire qu'on a des choses à dire ou à montrer et finalement ne faire que répéter ou reproduire ("jeune:vieux perroquet" comme l'a écrit Michel Serres) ce que d'autres ont fait ou font avec un réelle originalité.

On m'a déjà dit à plusieurs reprises que toucher à tout c'était finalement toucher à rien, avec ce petit côté vernis culturel si insignifiant à la Bouvard et Pécuchet. Pourtant, cela n'est pas si tranché. Quand ce "toucher  à tout" est un mode  d'appréhension du monde et de création artistique, ne prend-il pas une envergure particulière? Quand on sait qu'on ne sera jamais excellent en rien mais juste un petit peu bon en tout (ou presque, quelle prétention!), est-ce qu'on n'a, en fait, rien à proposer, rien qui mérite d'être distingué?

Il est clair que la quête de la reconnaissance pour la reconnaissance, de distinction pour la notoriété est fondamentalement vaine car elle fait le jeu de la comédie humaine. Il ne s'agit pas de cela d'ailleurs et encore moins de jérémiades comme celles de ce petit poussin noir coiffé d'un reste de coquille d'oeuf, mais d'une réflexion plus profonde et sans doute un peu désabusée sur l'impossibilité de trouver aujourd'hui, dans ce monde où tout est si éphémère, la bonne clé pour passer au niveau supérieur.

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