Chroniques Qaherabeariennes

Réflexions d'un Ours dans la marche du monde

07 novembre 2009

Quelle impression?

Quelle impression a-t-on sur une scène ou un podium quand on reçoit une médaille, un bouquet de fleur ou un papier roulé dans la boucle d'un ruban? Que ressent-on quand on entend son nom prononcé en public par un jury, quand on a longtemps attendu dans une certaine tension et que des applaudissement crépitent? Pas forcément ceux d'une salle gigantesque non, juste quelques applaudissements...
Ce doit être quelque chose d'étrange et, finalement, de difficilement descriptible avec le recours des seuls mots. Certains parleront d'une sensation grisante. Dans le fond, moi, je n'en sais rien.

Je n'ai jamais connu pareils moments. Je n'ai jamais été distingué d'aucune façon que ce soit dans les différents concours auxquels j'ai pu participer. Elève globalement moyen, étudiant perdu dans la foule des autres étudiants, je ne suis jamais sorti du lot, même une seule fois, même "pour un instant, pour un instant seulement" comme le chantait Brel. Je pense que c'est certainement par manque de talent. De talent "réel". Comprenez par là cette étincelle qui fait qu'un dessin, qu'une copie, qu'un propos jaillisse du lot et provoque une attirance, un intérêt particulier.
Je ne suis pas en train de me livrer ici à un drôle de jeu type auto-critique sauce Révolution Culturelle, à la façon d'un Pu-Yi déchu, non. J'introspecte, si je puis dire.

Autour de moi, dans le monde qui est le mien, j'entends toujours parler de prix, de lauréats, de concours, d'expositions, d'articles dans la presse, de propositions artistiques, de publications... En bref, d'une certaine forme d'accomplissement -encore que la finalité soit au delà de tout cela-, de réussite peut-être même. Je me suis souvent dit que si je passais à côté, cela signifiait sans doute que j'ignorais comment actionner les bons rouages, être là où il faut quand il faut, savoir se vendre (ce que je ne sais définitivement pas faire, peut-être parce que le principe même du commerce -pourtant si civilisateur dans l'Histoire- me déplaît singulièrement).
Mais si, en définitive, c'était autre chose? Autre chose de beaucoup plus simple: l'absence tout simplement d'un quelconque talent? On peut croire qu'on a des choses à dire ou à montrer et finalement ne faire que répéter ou reproduire ("jeune:vieux perroquet" comme l'a écrit Michel Serres) ce que d'autres ont fait ou font avec un réelle originalité.

On m'a déjà dit à plusieurs reprises que toucher à tout c'était finalement toucher à rien, avec ce petit côté vernis culturel si insignifiant à la Bouvard et Pécuchet. Pourtant, cela n'est pas si tranché. Quand ce "toucher  à tout" est un mode  d'appréhension du monde et de création artistique, ne prend-il pas une envergure particulière? Quand on sait qu'on ne sera jamais excellent en rien mais juste un petit peu bon en tout (ou presque, quelle prétention!), est-ce qu'on n'a, en fait, rien à proposer, rien qui mérite d'être distingué?

Il est clair que la quête de la reconnaissance pour la reconnaissance, de distinction pour la notoriété est fondamentalement vaine car elle fait le jeu de la comédie humaine. Il ne s'agit pas de cela d'ailleurs et encore moins de jérémiades comme celles de ce petit poussin noir coiffé d'un reste de coquille d'oeuf, mais d'une réflexion plus profonde et sans doute un peu désabusée sur l'impossibilité de trouver aujourd'hui, dans ce monde où tout est si éphémère, la bonne clé pour passer au niveau supérieur.

Posté par QB_VO à 15:22 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

non !

la reconnaissance, les concours les médailles les distinctions...
alors que toi tu es dans l'acte qui embellit la vie, les autres courent aprés la reconnaissance. Toi tu rends la vie belle, dans tous les sens (les sens!)
tu es plus juste qu'un recompensé, tu es vivant.
Les autres auront leurs stèles, leurs diplomes, leurs gloires
toi tu auras
été aimé fêté désiré rempli
vivant
alors oui touche à tout
tout ce qui touche
comme Merleau Ponty parlait de la main, "outil fabuleux qui en meme temps qu'il touche , est touché aussi"
à ton image
tu es touché tu touches
et la beauté du monde surgit

le reste, c'est pour les chrétiens! lol

Posté par Stéphane Charles, 12 novembre 2009 à 10:07

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