31 août 2009
Cher Monsieur Mitterrand

Vous ne lirez sans doute jamais ces quelques lignes, mais cela n'a pas vraiment d'importance. Ce qui l'est , c'est qu'elles existent, que les mot matérialisent la pensée qui est la mienne à cet instant et qui vous est consacrée.
Il y a près de deux ans, alors qu'on ne parlait pas encore de votre nomination à la tête de la prestigieuse Villa Médicis et encore moins de celle au Ministère qui est aujourd'hui le vôtre, j'ai eu le plaisir de vous rencontrer dans la petite salle du forum d'un agitateur de curiosité bien connu, ici à Lille, à l'occasion de la parution de votre dernier ouvrage consacré à Cannes.
Il y avait peu de monde et l'âge était certain. L'animateur de la rencontre se balançait en face de vous sur une chaise, sans doute peu confortable, tortillait ses doigts tandis que son autre main tenait un micro à la façon d'une glace. Vous vous étiez d'ailleurs étonné de cette agitation sur le ton de la plaisanterie alors qu'en face vous gardiez un calme concentré, à la limite même de l'absence...
A l'issue de cette causerie et des questions -qui n'ont pas toujours l'intérêt ni la pudeur qu'il conviendrait- posées par le public restreint, l'ami que j'accompagnais est venu vous présenter quelques ouvrages afin que vous les lui dédicaciez. Un livre d'or glissé parmi eux vous a fait un instant suspendre votre plume. L'émotion de découvrir la signature de votre père entre deux pages sous laquelle il vous demanda de poser la vôtre... Je voyais cette scène de loin mais je m'en souviens encore très distinctement.
Je me suis alors dit: "c'est Frédéric Mitterrand, tu te rends compte?" Les images de mes dernières années de lycée ou de celles de l'université me revenaient en mémoire. A cette époque, je me couchais tard. Mais là où d'autres sortaient d'un bar ou d'une boîte de nuit entourés de charmantes étudiantes, moi je veillais pour ne rater aucune de vos émissions.
Les Etoiles, les Aigles, les couronnes peuplaient alors mes soirées, mes lectures et mes réflexions avec l'intérêt que peut leur porter un étudiant en histoire. Vous leur donniez un tel relief, une telle profondeur...Je n'ai plus retrouvé tout cela après. Peut-être aussi parce que cette époque-là est passée comme passe celles qui composent le fil de nos existences?
On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur votre phrasé si particulier, certains ont pu même dire votre lyrisme, parfois même pour le tourner en dérision. Ce ton, ces mots à la fois poétiques et justes, toujours cette lointaine fragrance de mélancolie, constituaient pour moi un véritable délice.
Par la suite, je vous ai perdu de vue durant plusieurs années, parce que je vivais à l'étranger et que la télévision vous boudait semble-t-il. J'avais su que vous aviez créé une version cinéma de Madama Butterfly (un bel di vedremo...Une merveille). Il a fallu qu'Internet et ses immenses ressources s'installe dans ma vie pour que je puisse vous croiser à nouveau et retrouver votre sens aigu des mots au travers d'une chronique ou d'un billet, cet intérêt bienfaisant et discret pour les choses et les gens.
Aujourd'hui, vous occupez cet étrange ministère qu'est celui de la Culture, à la fois agaçant et totalement capital, précisément parce qu'il ne vise pas à cette satanée rentabilité qui paraît être le souffle de vie du monde actuel. Il y a la politique, ses calculs, sa force obscure et ses entregents. J'ai plusieurs fois manifesté dans ce même espace virtuel mon profond désaccord envers ce gouvernement brutal manquant si cruellement d'humanisme et de classe. J'ai pourtant applaudi à votre nomination. Parce que la Culture a besoin de gens de convictions au parcours atypique, anticonformistes, originaux, ou encore tout cela à la fois, animés par quelque chose qui les dépasse et qui leur donne un certain recul, une certaine sagesse, une légitimité.
On a beaucoup parlé -et a juste titre- de l'homme cultivé que vous êtes, peut-être un peu moins d'autres aspects qui me semblent pourtant importants et qui font que j'ai pour vous une admiration pudique, discrète mais néanmoins réelle.
Vous avez dit que la culture touche à l'intimité des gens, à leur vécu, leurs habitudes... C'est aussi ce qui reste quand on a tout oublié, cette part d'humanité qui constitue le dernier rempart contre les obscurantismes et les barbaries. Cela, je veux encore y croire même si la route est longue et la tâche difficile.
21 août 2009
Jeff, t'es plus tout seul...

La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était à la table d'un restaurant aux spécialités espagnoles, quelque part à Paris. Nous avions parlé de quantité de choses, d'écriture, de souvenirs d'agence de pub et de Sangre de Toro. Jeff a toujours eu ce côté faussement dandy qui m'avait un peu agacé lors de notre première rencontre. Je me souviens avoir demandé à notre hôte d'alors qui était ce gars, au paquet de cigarettes dans la poche de sa chemise, qui semblait avoir un avis sur tout, être si sûr de lui avec un je ne sais quoi de sophistication énervante. Il m'avait répondu de façon très sage et très posée que c'était un garçon au grand coeur, passionné et que la vie n'avait pas été toujours tendre avec lui.
Peu avant ce dejeuner au restaurant, Jeff m'avait confié un petit livret très joliment mis en page en me demandant de le lire à l'occasion, de lui faire part de mon avis et de mes réflexions. Il est des gestes qui touchent bien plus que des paroles et celui-ci en était un. Un geste de confiance. Le récit était fort, intime, terrible à la fois. Je me souviens qu'il avait trouvé en moi un écho si particulier que je n'avais pas tardé à écrire une lettre pour livrer toutes mes impressions de peur de ne pouvoir les traduire aussi justement en face-à face...
La dernière fois que nous nous sommes vus, bien-sûr, les soucis de santé avaient été évoqués...Mais comme de simples aléas, encore et toujours les mêmes problèmes récurrents qu'il faut gérer et qu'on finit bien par apprivoiser.
Et puis nous avions à nouveau ri en nous remémorant les grandes soirées organisées pour un anniversaire, une Coupe du Monde de rugby ou un délirant Bal des pompiers du 14 juillet. J'avais pris des nouvelles des uns et des autres.
Le temps passe vite, son cours file comme une eau fuyante. Les mois succèdent aux mois et l'on finit par penser que dans ce monde d'impermanence rien ne change vraiment en profondeur et qu'on retrouvera toujours les mêmes au même endroit, ou presque. A la façon de jalons.
Ce soir, sur la messagerie vocale de mon portable, il a y une belle voix rauque qui est passée. Elle a laissé des phrases directes, des mots pudiques. Elle a parlé de départ, d'incinération, du Père Lachaise...
La nuit calme et pleine de bruits de grillons vient de tomber ici sur la campagne du Comminges. Toi, l'ami Jeff que je connaissais finalement si peu, si mal, tu n'es plus tout seul. La vie continue dans cette nature et dans les coeurs de ceux qui t'ont connu.
A l'heure où j'écris ces lignes, tu dois être à nouveau dans un des coins de ce monde, à la fois si vaste et si petit, dans la tête d'un enfant né précisément à l'heure où tu partais. Que ta nouvelle vie ici-bas soit plus heureuse que l'ancienne. Et que le mienne ne me fasse jamais oublier les gens comme toi.
HQB
20 août 2009
Modération
Chers visiteurs qui me faites le plaisir de vos incursions -fortuites ou fidèles- dans ces pages, cette courte note est pour vous.
J'introduis une petite nouveauté: la modération des commentaires qu'on pourra y laisser.
En effet si ces derniers ont souvent un grand intérêt et sont de qualité, ils se trouvent pollués par quelques réflexions déplacées d'impétrants qui, le plus souvent, ne les signent même pas! Or cet encart n'est ni un forum, ni une tribune, c'est un espace personnel de liberté et je compte bien continuer à y noter ce que je souhaite.
17 août 2009
Rex Ursorum, mode d'emploi

Le Roi des Ours n'a aucun pouvoir. D'ailleurs, il n'a pas la prétention d'en disposer d'un quelconque un jour.
Il n'a pas non plus de royaume, d'entregent particulier, de réseau ou de zones d'influence.
Il n'aspire pas à se retrouver le fer d'une quelconque lance.
Aucune cour ne l'accompagne, aucun protocole n'est attaché à sa personne, il se fond dans la foule qu'il observe. Il est pourtant Roi des Ours tout le temps, dans sa vie privée comme dans sa vie publique et rares sont ceux qui le savent ou qui peuvent le voir.
Le Roi des Ours ne sert donc à rien, du moins à rien de rentable. Il a mieux à proposer.
Il existe pour montrer qu'une alternative humaniste accessible est toujours possible. On peut être homme et aimer l'homme. A la fois pour son esprit et pour son corps, pour son coeur et le plaisir physique qu'il donne. On peut-être cet homme-là et ne pas oublier le monde qui est autour, dangereux et complexe.
Le Roi des Ours est fondamentalement libre autant que sa nature humaine puisse le lui permettre. Il ne s'inféode pas aux partis, aux clans ou aux confréries. Il reconnaît l'autorité de la sagesse et des lois qu'elle a inspirée. Il est l'ami de ceux qui respectent la vie, prônent l'équilibre, la voie de la moindre violence et sont responsables de leurs actes, de leurs paroles.
Le Roi des Ours sait qu'il est le maillon d'une chaîne, que son oeuvre actuelle et discrète vient de plus loin, qu'elle poursuit celles de précurseurs issus de lieux, de cultures et d'époques différents et qu'elle est destinée à être transmise afin de participer au Grand-Oeuvre genéral. Ce Grand-Oeuvre dont l'objectif est de rendre l'Humanité sage et respectueuse d'elle-même. Il sait que la route est longue et parsemée d'embûches.
Le Roi des Ours se garde de tout jugement a priori à l'encontre des autres. Il n'ignore pas que les apparences et la tentation de la simplicité pour la simplicité sont sources d'erreurs et de conflits. Ce que nous percevons n'est qu'un aspect des choses. Il pense que l'intelligible est plus profond que le sensible.
Le Roi des Ours aurait pu être Roi des Arbres ou Roi des Oiseaux. Il se trouve que l'ours désigne par analogie le type d'hommes qui lui ressemble le plus et que cette similitude ne se borne pas aux seuls aspects physiques. Par cette métaphore poétique on le désigne, mais elle n'a rien de folklorique. Que l'on ne s'y trompe pas, il assume sa double nature faite d'un mélange de spiritualité et de réflexion qui lui font tourner les yeux au ciel; d'animalité et d'instinct qui lui plantent les pieds dans la terre de ses besoins primaires.
A défaut de savoir où il va, le Roi des Ours n'oublie pas d'où il vient et ne perd pas de vue qu'il reste un homme avec des faiblesses et des limites d'homme. Il sait que l'idéal n'est jamais à portée, que rien n'est permanent, ni le Bon, ni le Mauvais et que l'ordre du monde est régi par cette Impermanence et par le hasard, à l'origine même de la vie.
Il n'a pas la prétention de fédérer d'autres individus autour de lui et de son action. Peut-être cela aura-t-il lieu, peut-être pas. Finalement peu importe. Il sait aussi qu'isolé des autres, l'Homme n'est plus tout à fait un Homme car c'est ensemble que la Nature nous a contraint de vivre, c'est donc ensemble que nous deviendrons meilleurs.
QB-R.U.
11 août 2009
Note aéronautique: l'Embraer 190
Sur le tarmac de Lille-Lesquin
A peine plus grand que le Fokker 100 et plus petit que l'A320, l'Embraer 190 (36,24m sur 28,72 d'envergure, avionneur brésilien), est un bi-réacteur qui porte sa motorisation sous les ailes. Ce détail explique que le niveau sonore à l'intérieur de la cabine soit moins important que dans le Fokker.
L'appareil présente le même nez conique caractéristique que le 145-aux proportions différentes toutefois-, ses portes permettent un embarquement par passerelle-corridor.
Détail du nez
Du point de vue de l'agencement intérieur, il faut compter 25 rangs de 4 sièges disposés en AC et EF. Pas de rangée 13, comme il se doit! Les coffres à bagages sont aussi profonds que ceux du Fokker 100.
Les issues de secours se situent en rang 1, 11 et 26, le 11 donnant accès aux ailes. Places stratégiques pour qui veut disposer d'un peu plus d'espace pour les jambes car l'Embraer 190, tel qu'il est configuré pour Air France Régional, n'offre paradoxalement pas plus de place que le Fokker 100. Le hublot est toutefois à hauteur du visage, ce qui évite de se contorsionner pour admirer le paysage. Sa courbe permet d'ailleurs un champ de vision relativement large et sans déformation.
L'équipage sur E190 (AF-Rég.) se compose de deux pilotes et de deux PNC.
Air France remplace progressivement sa flotte de Fokker 70 et 100 par des appareils aux capacités similaires et plus récents.
Depuis le hublot 15 droit, aile et ailette


