Chroniques Qaherabeariennes

Réflexions d'un Ours dans la marche du monde

31 août 2009

Cher Monsieur Mitterrand

newsmlmmd_48154ffef9305f2a50a54aec8d51996f_210_portrait_de_frederic_mitterrand_pris_lors_de_l_enrb

Vous ne lirez sans doute jamais ces quelques lignes, mais cela n'a pas vraiment d'importance. Ce qui l'est , c'est qu'elles existent, que les mot matérialisent la pensée qui est la mienne à cet instant et qui vous est consacrée.

Il y a près de deux ans, alors qu'on ne parlait pas encore de votre nomination à la tête de la prestigieuse Villa Médicis et encore moins de celle au Ministère qui est aujourd'hui le vôtre, j'ai eu le plaisir de vous rencontrer dans la petite salle du forum d'un agitateur de curiosité bien connu, ici à Lille, à l'occasion de la parution de votre dernier ouvrage consacré à Cannes.

Il y avait peu de monde et l'âge était certain. L'animateur de la rencontre se balançait en face de vous sur une chaise, sans doute peu confortable, tortillait ses doigts tandis que son autre main tenait un micro à la façon d'une glace. Vous vous étiez d'ailleurs étonné de cette agitation sur le ton de la plaisanterie alors qu'en face vous gardiez un calme concentré, à la limite même de l'absence...

A l'issue de cette causerie et des questions -qui n'ont pas toujours l'intérêt ni la pudeur qu'il conviendrait- posées par le public restreint, l'ami que j'accompagnais est venu vous présenter quelques ouvrages afin que vous les lui dédicaciez. Un livre d'or glissé parmi eux vous a fait un instant suspendre votre plume. L'émotion de découvrir la signature de votre père entre deux pages sous laquelle il vous demanda de poser la vôtre... Je voyais cette scène de loin mais je m'en souviens encore très distinctement.

Je me suis alors dit: "c'est Frédéric Mitterrand, tu te rends compte?" Les images de mes dernières années de lycée ou de celles de l'université me revenaient en mémoire. A cette époque, je me couchais tard. Mais là où d'autres sortaient d'un bar ou d'une boîte de nuit entourés de charmantes étudiantes, moi je veillais pour ne rater aucune de vos émissions.
Les Etoiles, les Aigles, les couronnes peuplaient alors mes soirées, mes lectures et mes réflexions avec l'intérêt que peut leur porter un étudiant en histoire. Vous leur donniez un tel relief, une telle profondeur...Je n'ai plus retrouvé tout cela après. Peut-être aussi parce que cette époque-là est passée comme passe celles qui composent le fil de nos existences?

On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur votre phrasé si particulier, certains ont pu même dire votre lyrisme, parfois même pour le tourner en dérision. Ce ton, ces mots à la fois poétiques et justes, toujours cette lointaine fragrance de mélancolie, constituaient pour moi un véritable délice.

Par la suite, je vous ai perdu de vue durant plusieurs années, parce que je vivais à l'étranger et que la télévision vous boudait semble-t-il. J'avais su que vous aviez créé une version cinéma de Madama Butterfly (un bel di vedremo...Une merveille). Il a fallu qu'Internet et ses immenses ressources s'installe dans ma vie pour que je puisse vous croiser à nouveau et retrouver votre sens aigu des mots au travers d'une chronique ou d'un billet, cet intérêt bienfaisant et discret pour les choses et les gens.

Aujourd'hui, vous occupez cet étrange ministère qu'est celui de la Culture, à la fois agaçant et totalement capital, précisément parce qu'il ne vise pas à cette satanée rentabilité qui paraît être le souffle de vie du monde actuel. Il  y a la politique, ses calculs, sa force obscure et ses entregents. J'ai plusieurs fois manifesté dans ce même espace virtuel mon profond désaccord envers ce gouvernement brutal manquant si cruellement d'humanisme et de classe. J'ai pourtant applaudi à votre nomination. Parce que la Culture a besoin de gens de convictions au parcours atypique, anticonformistes, originaux, ou encore tout cela à la fois, animés par quelque chose qui les dépasse et qui leur donne un certain recul, une certaine sagesse, une légitimité.

On a beaucoup parlé -et a juste titre- de l'homme cultivé que vous êtes, peut-être un peu moins d'autres aspects qui me semblent pourtant importants et qui font que j'ai pour vous une admiration pudique, discrète mais néanmoins réelle.

Vous avez dit que la culture touche à l'intimité des gens, à leur vécu, leurs habitudes... C'est aussi ce qui reste quand on a tout oublié, cette part d'humanité qui constitue le dernier rempart contre les obscurantismes et les barbaries. Cela, je veux encore y croire même si la route est longue et la tâche difficile.

Posté par QB_VO à 22:00 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Commentaires

pensees similaires

hello Hugo.
Voila un bien beau post, je n'aurais pas fait mieux...
Comme toi, même si je ne partage pas les prises de positions du gouvernement actuel, j'applaudis la nomination de F.Mitterand au ministère de la culture.
Pour ce qui est du livre d'or de ton ami, le premier Mitterand a l'avoir signé etait-ce Francois Mitterand? dans ce cas, il est l'oncle de Frederic dont le père est Robert Mitterand.

Cela dit, ta prose reste toujours un enchantement a lire.

Dans cet océan de langue francaise mutilée a coups de sms et de textos il est des ilôts de justesse...

Je t'embrasse.
Tof

Posté par kiwifrog, 02 septembre 2009 à 01:17

Merci à toi Maître Tof! Il s'agit bien de la signature de Robert, le père de Fr. Mitterrand, le frère du Président. Pour le reste tu connais mon amour pour la langue française, la seule que je possède vraiment...

Posté par Qaherabear, 02 septembre 2009 à 18:40

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=442624&pid=14911912

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :