21 août 2009
Jeff, t'es plus tout seul...

La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était à la table d'un restaurant aux spécialités espagnoles, quelque part à Paris. Nous avions parlé de quantité de choses, d'écriture, de souvenirs d'agence de pub et de Sangre de Toro. Jeff a toujours eu ce côté faussement dandy qui m'avait un peu agacé lors de notre première rencontre. Je me souviens avoir demandé à notre hôte d'alors qui était ce gars, au paquet de cigarettes dans la poche de sa chemise, qui semblait avoir un avis sur tout, être si sûr de lui avec un je ne sais quoi de sophistication énervante. Il m'avait répondu de façon très sage et très posée que c'était un garçon au grand coeur, passionné et que la vie n'avait pas été toujours tendre avec lui.
Peu avant ce dejeuner au restaurant, Jeff m'avait confié un petit livret très joliment mis en page en me demandant de le lire à l'occasion, de lui faire part de mon avis et de mes réflexions. Il est des gestes qui touchent bien plus que des paroles et celui-ci en était un. Un geste de confiance. Le récit était fort, intime, terrible à la fois. Je me souviens qu'il avait trouvé en moi un écho si particulier que je n'avais pas tardé à écrire une lettre pour livrer toutes mes impressions de peur de ne pouvoir les traduire aussi justement en face-à face...
La dernière fois que nous nous sommes vus, bien-sûr, les soucis de santé avaient été évoqués...Mais comme de simples aléas, encore et toujours les mêmes problèmes récurrents qu'il faut gérer et qu'on finit bien par apprivoiser.
Et puis nous avions à nouveau ri en nous remémorant les grandes soirées organisées pour un anniversaire, une Coupe du Monde de rugby ou un délirant Bal des pompiers du 14 juillet. J'avais pris des nouvelles des uns et des autres.
Le temps passe vite, son cours file comme une eau fuyante. Les mois succèdent aux mois et l'on finit par penser que dans ce monde d'impermanence rien ne change vraiment en profondeur et qu'on retrouvera toujours les mêmes au même endroit, ou presque. A la façon de jalons.
Ce soir, sur la messagerie vocale de mon portable, il a y une belle voix rauque qui est passée. Elle a laissé des phrases directes, des mots pudiques. Elle a parlé de départ, d'incinération, du Père Lachaise...
La nuit calme et pleine de bruits de grillons vient de tomber ici sur la campagne du Comminges. Toi, l'ami Jeff que je connaissais finalement si peu, si mal, tu n'es plus tout seul. La vie continue dans cette nature et dans les coeurs de ceux qui t'ont connu.
A l'heure où j'écris ces lignes, tu dois être à nouveau dans un des coins de ce monde, à la fois si vaste et si petit, dans la tête d'un enfant né précisément à l'heure où tu partais. Que ta nouvelle vie ici-bas soit plus heureuse que l'ancienne. Et que le mienne ne me fasse jamais oublier les gens comme toi.
HQB
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