13 juin 2009
Requiem pour le Petit Gris

La presse en a fait ses choux gras: Petit Gris vient de mourir.
Enfin. Il y a quelque chose de rassurant de se dire que même les pires grigous finissent toujours par être désignés par le doigt de l'Horloge, à défaut de celui de la Justice des Hommes.
Après quatre décennies de pouvoir sans réel partage, toujours à la limite du culte de la personnalité mais sans jamais y verser totalement, Petit Gris est sorti par la porte secrète -mais poin hermétique- d'une clinique privée espagnole.
Etonnant d'ailleurs qu'il ne soit point venu terminer ses jours sur notre terre de France qui avait su si bien servir ses intérêts.
Il convient ici de le reconnaître, Petit Gris était d'une intelligence politique rare. Grâce à l'or noir abondant sous ses forêts, il était parvenu à tout acheter, y compris les consciences, insufflant régulièrement juste ce qu'il fallait d'argent pour garder la mainmise sur la gestion de son pré carré dans lequel il confondait avec délectation intérêts privés et publics à la façon des grands princes d'autrefois.
On le déclara pas assez à l'écoute de son peuple? Il transforma les prénoms reçus à sa naissance pour les convertir à l'Islam et se faire précéder du titre d'el-Hadj.
On lui reprocha ses dérives autocratiques et l'absence de pluralisme? Il abandonna quelques haillons démocratiques aux plus agités afin qu'ils vînssent plus rapidement encore manger dans sa main...
Je me souviens pourtant, il y a près de vingt ans, des chars dans les rues de Libreville, l'incendie des hôtels, les violences et la crainte d'une évacuation des ressortissants européens... Petit Gris semblait alors en mauvaise posture. Mais le merveilleux système de la Françafrique mit les plaideurs d'accord en étouffant les justes revendications d'un peuple floué mais bien trop peu éduqué politiquement pour réagir.
Il est vrai que le pays de Petit Gris était loin d'être aussi misérable que celui de ses voisins. Un train le traversait même de part en part qui faisait sa grande fierté, c'est tout dire! Pourtant les routes, elles, manquent toujours, les hôpitaux n'ont d'hôpitaux que le nom, le paludisme endémique et l'alcoolisme continuent à faire leur délicieuse petite cuisine ravageuse.
Les palais présidentiels sont toujours couverts de marbre, les Fangs détestent toujours autant les Miénés et les chinois continuent d'alimenter leur diaspora locale, vampirisant leur part des gisements pétrolifères. Total ne viendra désormais plus ici par hasard.
Finalement, Petit Gris se retire au bon moment. Après lui, le Déluge dans un climat moite, chaud et difficile. On se retrouvera bientôt entre gens de bien autour de son mausolée pour verser une larme de circonstance, aussi lourde qu'une goutte de pluie équatoriale, au milieu de deux belles phrases.
Il y en est qui doivent, à cette heure-ci, se sentir plus légers car, dans la mort, il emporte des secrets bien embarrassants pour qui a ouvert son musée d'art asiatique en Corrèze ou vendu des frégates à l'armée Taïwanaise...
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