Chroniques Qaherabeariennes

Réflexions d'un Ours dans la marche du monde

18 mai 2009

Bearechit

eau

"Au commencement était le Gang-Bang.

Tout se mêlait dans un magma informe et l'Esprit flottait au dessus.

Jugeant que cet ensemble indistinct était un furieux bazar, le Créateur dit: allez zou!

Et les corps se séparèrent les uns des autres.

Il nomma ceux du bas femmes et ceux du haut hommes et vit que cela était bon.

Il y eut un soir, il y eut un matin. Premier jour.

Le Créateur dit: que cette étendue d'hommes se scinde en trois parties!

Il nomma la première Sans-intérêt, la seconde Grandes et la troisième Folles et vit que cela était bon.

Il y eut un soir, il y eut un matin. Ce fut le second jour.

Puis le Créateur dit: que le tas du bas s'ordonne! Et il le fit de façon complexe afin que les hommes n'y comprennent jamais rien.

Il partit dans un grand rire et vit que cela était bon.

Il y eut un soir, il y eut un matin. Troisième jour.

Le Créateur dit ensuite: qu'il y ait des luminaires partout dans les cieux et que ce soit des signes pour compter les jours

et animer les nuits! Il fit exister le soleil, la lune, les étoiles, les lustres et les boules à facettes.

Il vit que cela n'était pas mal du tout. Il y eut un soir et un matin. Ce fut le quatrième jour.

Le Créateur déclara: qu'il y ait de l'eau, de la vapeur d'eau avec toutes sortes de bulles dedans! Et il fit exister les hammams,  les jacuzzi et la bière.

Il les remplit de toute sa bienveillance et vit que cela était bon.

Il y eut un soir, il y eut un matin. Cinquième jour.

Le Créateur dit à nouveau: qu'advienne une matière sombre, souple et solide à la fois et une autre claire, légère et aérienne! Elles couvriront les hommes et les femmes.

Ainsi fit-il le cuir et les plumes et il vit que cela était seyant.

Il y eut un before, il y eut un after. Sixième jour.

Considérant son oeuvre, le Créateur vit qu'il manquait quelque chose.

Il regarda les hommes et dit: que des trois groupes s'en forme un quatrième! Il le nomma Bûcherons et le para de l'épaisseur, du poil et de la robustesse.

Et le Créateur ajouta: je te donne de ressembler à l'animal que tu nommes ours et de te répandre partout sur la Terre jusqu'aux confins du Ciel. A toi reviendra de révéler les autres hommes à leur nature.

Puis, jugeant que son oeuvre était accomplie, le Créateur se servit une choppe et s'en alla se reposer."

Extrait de la génèse qaherabearienne (I,1-25)

Posté par QB_VO à 22:28 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


11 mai 2009

La tentation du retrait

C'est celle qu'on peut ressentir quand on a l'impression de ne pas être à sa place, de viser un objectif vain, quand le doute -celui de Descartes qui est sensé faire avancer- s'installe durablement.

Voici mon sentiment du moment.

Le bilan plus que mitigé de Diversités, rapatriée de Lyon il y a déjà une bonne dizaine de jours, doublée de l'annulation de la première exposition des Desperate qui devait se tenir à Paris en juillet, dans un restaurant-bar qui a malheureusement dû fermer ses portes, ont remis sur le devant de ma scène ces limites qui je connais bien et qui m'ont toujours accompagnées.

Quand quelque chose commence à frémir, que je peux enfin passer à la vitesse supérieure, ne plus trop compter mon budget pour investir dans de meilleurs tirages, du matériel plus performant, voila que d'autres aspects se défaussent. Une crise, des gens qui m'apparaissent comme blasés de tout, un tout petit milieu fonctionnant finalement en vase clos, des garçons sympathiques certes, mais très loin de posséder cet esprit que je recherche et que j'essaye de mettre en valeur... Bref, cette sensation de tourner en rond et d'être arrivé trop tard... Ou peut-être trop tôt.

Pourtant, l'expérience de l'échec -encore que ce dernier soit tout relatif et sans réelle importance- est formatrice. Elle me permet de savoir ce que je ne veux plus faire parce que cela ne me correspond pas.

Exposer dans un bar étiqueté comme gay ou bear en fait partie. Il n'est point question ici d'adresser de quelconques reproches, juste de faire une sorte d'état des lieux. Ce que je réalise ne prend pas sa pleine dimension humaine dans ce genre de lieux car on ne peut pas faire cohabiter ce que j'essaye de promouvoir avec les exigences d'un commerce. Une foule de petits détails, malgré toute la bonne volonté affichée, illustre bien le hiatus qui existe entre ces deux aspects. C'est ainsi.

Je cherche donc une autre voie. Comment faire en sorte que mon "travail" existe sans passer par l'exposition? Le Net est une bonne alternative. La toile est comme un océan couvert d'embarcations de tailles et de formes différentes. Il y a les paquebots de luxe, les vénérables jonques et les petits esquifs. Je suis une de ces barques. Peut-être deviendra-t-elle un jour plus épaisse, plus robuste et plus visible dans cette mer de bois et de métal...

Il y a le bouche-à-oreilles aussi. J'ai la chance de pouvoir compter sur l'amitié de garçons qui ont bien voulu poser pour moi et qui ont été très heureux du résultat obtenu ainsi que du bon moment passé. Ils sont finalement mes meilleurs ambassadeurs...

Je suis donc partagé entre ces alternatives et la volonté de prendre du recul, de mettre un peu sous le boisseau certains projets trop "chronophages" et pour lesquels, finalement, je me sens bien seul.

Il y a toutefois une chose sur laquelle je ne reviendrai pas, c'est l'aspect protéiforme de ce que je fais. N'étant ni dessinateur, ni peintre, ni photographe, ni écrivain, n'étant titulaire d'aucune formation spécifique en l'un ou l'autre de ces domaines -si tant est qu'on puisse l'être en matière de littérature-, je me donne et me conserve le droit de tous les aborder selon le goût du moment. Et qu'importe si les pistes se brouillent pour les autres. Qu'importe si on me juge meilleur dans une discipline plutôt qu'une autre. Qaherabear fait du Qaherabear mais réalise aussi bien d'autres choses dont je ne parle pas ici. Il n'y a pas que l'Ours dans mon existence, même s'il y occupe une bonne part. Il se trouve juste qu'à ce moment de ma vie c'est cet aspect qui semble trouver le plus d'écho (relatif tout de même).

Si on souhaite donc me coller une étiquette sur le dos, qu'on y réfléchisse à deux fois car elle pourrait bien n'avoir aucun sens.

Plus que jamais, je suis persuadé que ce qui compte vraiment c'est l'Oeuvre, c'est à dire ce travail de longue haleine motivé par une énergie venue de loin, une envie irrepressible de créer. Même si j'ai l'impression que tout a déjà été fait, par d'obscurs inconnus ou des maîtres géniaux, même si je crois de plus en plus ne jamais pouvoir réellement percer -par manque d'entregent, de chance,ou tout simplement, de talent-, je sais que ce que je cherche à faire passer dans ma créativité, mon humanisme à moi, a sa place dans la folle ronde du monde.

Le plus difficile finalement c'est de tenir le bon chemin et de ne pas se laisser trop gagner par la tentation du retrait. Car elle pourrait bien se transformer en renoncement avec l'amertume pour corollaire.

Patrick_Ma_tre_dan_03_PM__800x600_

Patrick en "maître Dan", une très belle série de photos avec un gaillard généreux et attachant. HQB mai 2009

Posté par QB_VO à 23:43 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1