11 mai 2009
La tentation du retrait
C'est celle qu'on peut ressentir quand on a l'impression de ne pas être à sa place, de viser un objectif vain, quand le doute -celui de Descartes qui est sensé faire avancer- s'installe durablement.
Voici mon sentiment du moment.
Le bilan plus que mitigé de Diversités, rapatriée de Lyon il y a déjà une bonne dizaine de jours, doublée de l'annulation de la première exposition des Desperate qui devait se tenir à Paris en juillet, dans un restaurant-bar qui a malheureusement dû fermer ses portes, ont remis sur le devant de ma scène ces limites qui je connais bien et qui m'ont toujours accompagnées.
Quand quelque chose commence à frémir, que je peux enfin passer à la vitesse supérieure, ne plus trop compter mon budget pour investir dans de meilleurs tirages, du matériel plus performant, voila que d'autres aspects se défaussent. Une crise, des gens qui m'apparaissent comme blasés de tout, un tout petit milieu fonctionnant finalement en vase clos, des garçons sympathiques certes, mais très loin de posséder cet esprit que je recherche et que j'essaye de mettre en valeur... Bref, cette sensation de tourner en rond et d'être arrivé trop tard... Ou peut-être trop tôt.
Pourtant, l'expérience de l'échec -encore que ce dernier soit tout relatif et sans réelle importance- est formatrice. Elle me permet de savoir ce que je ne veux plus faire parce que cela ne me correspond pas.
Exposer dans un bar étiqueté comme gay ou bear en fait partie. Il n'est point question ici d'adresser de quelconques reproches, juste de faire une sorte d'état des lieux. Ce que je réalise ne prend pas sa pleine dimension humaine dans ce genre de lieux car on ne peut pas faire cohabiter ce que j'essaye de promouvoir avec les exigences d'un commerce. Une foule de petits détails, malgré toute la bonne volonté affichée, illustre bien le hiatus qui existe entre ces deux aspects. C'est ainsi.
Je cherche donc une autre voie. Comment faire en sorte que mon "travail" existe sans passer par l'exposition? Le Net est une bonne alternative. La toile est comme un océan couvert d'embarcations de tailles et de formes différentes. Il y a les paquebots de luxe, les vénérables jonques et les petits esquifs. Je suis une de ces barques. Peut-être deviendra-t-elle un jour plus épaisse, plus robuste et plus visible dans cette mer de bois et de métal...
Il y a le bouche-à-oreilles aussi. J'ai la chance de pouvoir compter sur l'amitié de garçons qui ont bien voulu poser pour moi et qui ont été très heureux du résultat obtenu ainsi que du bon moment passé. Ils sont finalement mes meilleurs ambassadeurs...
Je suis donc partagé entre ces alternatives et la volonté de prendre du recul, de mettre un peu sous le boisseau certains projets trop "chronophages" et pour lesquels, finalement, je me sens bien seul.
Il y a toutefois une chose sur laquelle je ne reviendrai pas, c'est l'aspect protéiforme de ce que je fais. N'étant ni dessinateur, ni peintre, ni photographe, ni écrivain, n'étant titulaire d'aucune formation spécifique en l'un ou l'autre de ces domaines -si tant est qu'on puisse l'être en matière de littérature-, je me donne et me conserve le droit de tous les aborder selon le goût du moment. Et qu'importe si les pistes se brouillent pour les autres. Qu'importe si on me juge meilleur dans une discipline plutôt qu'une autre. Qaherabear fait du Qaherabear mais réalise aussi bien d'autres choses dont je ne parle pas ici. Il n'y a pas que l'Ours dans mon existence, même s'il y occupe une bonne part. Il se trouve juste qu'à ce moment de ma vie c'est cet aspect qui semble trouver le plus d'écho (relatif tout de même).
Si on souhaite donc me coller une étiquette sur le dos, qu'on y réfléchisse à deux fois car elle pourrait bien n'avoir aucun sens.
Plus que jamais, je suis persuadé que ce qui compte vraiment c'est l'Oeuvre, c'est à dire ce travail de longue haleine motivé par une énergie venue de loin, une envie irrepressible de créer. Même si j'ai l'impression que tout a déjà été fait, par d'obscurs inconnus ou des maîtres géniaux, même si je crois de plus en plus ne jamais pouvoir réellement percer -par manque d'entregent, de chance,ou tout simplement, de talent-, je sais que ce que je cherche à faire passer dans ma créativité, mon humanisme à moi, a sa place dans la folle ronde du monde.
Le plus difficile finalement c'est de tenir le bon chemin et de ne pas se laisser trop gagner par la tentation du retrait. Car elle pourrait bien se transformer en renoncement avec l'amertume pour corollaire.
Patrick en "maître Dan", une très belle série de photos avec un gaillard généreux et attachant. HQB mai 2009
Commentaires
"Le doute et la peur sont les auxiliaires des grandes initiatives."
il est des moments de doutes comme ça où l'on se sent un peu abattu : la part de travail accompli ne reflétant nullement l'enthousiasme qu'il aurait du recevoir, il est difficile de garder foi en son art...
Mais quand je vois l'énergie que tu mets dans chacune de tes créations ( que ce soit dans n'importe quel domaine!), je suis admiratif!
Sur n'importe lesquels de tes sites que je visites régulièrement je suis en attente d'une future note, d'un future récit ou bien encore d'un nouveau dessin ou cliché... je ne doutes pas de ta réussite, dans un avenir plus ou moins lointain.
et pour ce qui est de ta dernière exposition et de notre dernière rencontre, j'en suis ressorti emmerveillé!!! et plus boosté que jamais! et ce grâce à toi! Merci!
ce que j'aimerai c'est pouvoir te rendre la pareil, et te donner un peu de ma motivation actuelle ^^!
ce qu'il manque finalement c'est un support supplémentaire à ton art, un moyen de le faire connaitre... d'avantage...
Ce WE, au calme en Bourgogne chez mes parents, je contemplais tout ce que tu avais mis en place en particulier avec le cercle Arktique!
Je repensais au dernières paroles de Fabrissou (sur l'idée de faire un fanzine) et m'attardais sur le concept de Bearzine de Manuoso...
Il y a de l'idée...
plusieurs artiste ce regroupent souvent pour faire leur propres magazines amateurs, pour pouvoir se publier et se faire connaitre...
pourquoi pas nous...
"Straight To Hell" qui un fanzine new-yorkais culte créé à la fin des années 60, existe toujours et sa ligne éditoriale est de publier des histoires de cul vécues par des lecteurs du monde entier accompagnées des clichés de photographes gay underground!
ce n'est qu'un exemple, d'autres ne publient que des bandes dessinées ou illustrations...
c'est un moyen d'autopromotion comme un autre!
que ce soit dans ou en dehors du milieu...
mais ce n'est qu'une idée qui me trotte dans la tête et que je lance ^^
en tout cas, pour ma part, je ne veux nullement ton retrait! je veux encore du Qaherabear...et ce sous toutes ses formes!!!!
Biz à toi! Courage, on est tous avec toi ;)
Plein de bizoux de Lyon
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