Chroniques Qaherabeariennes

Réflexions d'un Ours dans la marche du monde

04 avril 2009

Il y aura des morts...

incendie_rome

Etre un ours dans la marche du monde c'est ne jamais perdre complètement de vue ce dernier, même lorsque sa propre existence suit un chemin perdu dans la masse de milliards d'autres et que sa (petite) vie prend, de fait, le pas sur des mouvements plus massifs.

Pourtant, comment ignorer que la catastrophe se rapproche? Quand j'ouvre ma fenêtre du haut de ma tour, je ne peux rien en percevoir encore. Les voitures circulent sur le boulevard qui file vers Lille, l'école vibre des criaillements des enfants et des rappels à l'ordre des institutrices. Les ascenseurs montent et descendent et rippant parfois sur leurs rails... Mais dès que j'allume la télévision, que je navigue sur Internet et que je branche ma radio, l'espace se remplit de mots, de nouvelles inquiétantes et d'une multitude de bribes annonçant que la machine à broyer est passée à la vitesse supérieure.

"Plans sociaux" -comme on dit pudiquement- à la fourche, situations explosives, violence qu'on ne parvient plus à contenir. Tueries de masse, noyades de pauvres hères qu'on dilue dans la fièvre médiatique du moment, dirigeants séquestrés, populations mises à la rue. Et puis la Crise, encore la Crise, toujours la Crise! Ultime justification du tout et du rien, masque sur les responsabilités qui ne veulent pas être reconnues...

Je ne suis pas voyant mais je sens quelque-chose et je peux le prédire ici: il y aura des morts, beaucoup de morts. Les temps reviendront où les voisins s'égorgeront pour un mot, un regard de travers, où les petits étriperont les grands avec la frénésie du faible qui ne sait pas user d'autre chose que de l'effet de masse et de la violence pour se faire comprendre.

La tempête approche, les ingrédients pour qu'elle soit cataclysmique s'agrègent les uns aux autres progressivement avec la régularité d'un mouvement d'horlogerie. Crainte de l'autre, jalousie, méconnaissance culturelle, dictature du politiquement correct et du bon sentiment, déresponsabilisation massive de tous, honteuse confiscation du bien public, mauvaise répartition des richesses, culte de la violence gratuite, culture de la facilité et de la pseudo réussite sans travail, opposition permanente des gens sur tous critères, hypocrisie généralisée des vertus républicaines et démocratiques dévoyées de leur sens premier, adoration de l'argent au détriment de l'Homme, abrutissement des religions, petits arrangements entre penseurs et autre pseudo-fraternités, dérives d'une Science sans conscience qui transforme les gens en chiffres... La liste est tellement longue qu'elle mène à la nausée.

Le pire est sans doute qu'il n'y a rien à faire, que c'est déjà trop tard. Les bonnes volontés sont balayées par les réalités du terrain, par la complexité de la tâche, par la bêtise généralisée. Qui aujourd'hui dans cette masse folle voit plus loin que le bout de son nez et souhaite autre chose que son propre bonheur et celui de son insignifiante progéniture?

-Mais l'être humain est ainsi fait, dit-on. On ne peut pas demander à tout le monde d'être altruiste...

Soit, mais si nous ne sommes pas programmés pour devenir des saints -qui, soit dit en passant, ont souvent eu des vies dramatiquement dépourvues d'intérêt, toujours un jugement à la bouche et une condamnation prête à sortir au nom de "l'amour du Christ"- notre nature nous oblige à trouver l'équilibre entre individualisme et altérité. Il n'est même pas question de choix ici, c'est incontournable.

Les utopies ont fait plus de mal que les guerres qu'elles ont finit par générer. Mais tout ce que nous avons connu de dramatique jusque là est sans commune mesure avec ce qui s'annonce car aujourd'hui nous sommes...mondialisés.

Les oiseaux de malheur se sont complus à décrire la fin du monde, des raz de marées, des explosions titanesques et autre collisions. Il y a toujours un illuminé pour donner une date fantasque. Même ceux-là passent à côté de la réalité qui nous attend. On se trucidera sous des cieux radieux, les pavés et les cocktails enflammés voleront jusque dans des paysages verdoyants. Il fera plus chaud, certes, parce que l'effet de serre aura modifié bien des paramètres climatiques, rajoutant à la haine ambiante, mais la planète, elle, continuera de tourner.

L'être humain est fondamentalement et définitivement mauvais. Son seul salut sur le vaisseau du monde ne peut venir que de l'éducation aux sagesses immémoriales qui mettent l'humanisme au centre de leur essence même et à l'écoute des rythmes de la Nature devenue partenaire.

Peut-être qu'après les horreurs qui nous attendent, quelque chose de neuf et de meilleur apparaîtra.

En attendant justement, moi j'observe, je parle, j'enseigne ce que je peux enseigner, je crée et j'écris car il faudra bien qu'un jour lointain on se souvienne. Je tente de rester éveillé parmi ceux qui le sont et de ne pas me bercer d'illusions dangereuses...

Posté par QB_VO à 14:06 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

L'amour!!!

Moi je crois intimement qu'on s'en sortira tous!!! Je pense qu'il y aura un pétage de plomb! mis qu'à la fin, l'amour nous sauvera tous!!!

Posté par Canardcaché, 15 avril 2009 à 14:38

un regard neuf

malgrés des jours sombrent , je crois en l être humain . je ne suis pas croyant à une religion , mais je sents au fond de moi une possibilitée de renouveau , je ne suis ni naif , ni pauvre d'esprit mais simplement un être humain dont sa fonction premiere est de découvrire l autre sans jugement ni dégout . l idéalisme n est pas non plus un concepte utopique , seulement le choix des etre humains a atteindre ceci est mon interpretation je ne demande pas de jugement mais la possibilité d avoir le droit de croire en mes convictions

Posté par sebastien, 13 juin 2009 à 00:36

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