Défaite des mères
Difficile aujourd'hui, en ce jour de fête des mères et malgré une certaine prise de distance nécessaire pour tenter de bien analyser des mouvements de fond, de ne pas ressentir un profond malaise face à la énième démonstration de force dans les rues de Paris des partisans de la Manifestation pour tous.
Des partisans, peut-être, mais surtout des opposants à tout qui ont vidé leur combat de toute crédibilité au fil des semaines en y intégrant des réflexions, des paroles, des pensées nettement plus polémiques et moins avouables. Quand s'opposer au mariage ouvert à tous revient à intégrer des considérations sur la supériorité naturelle de certains individus par rapport à d'autres ou encore sur la légitimité d'un seul modèle familial et social...
Pourtant, parmi ceux qui défilent et qui crient cette après-midi, combien ont des petits secrets embarrassants en tête? Vous savez, ces pulsions, ces images, ces désirs qui heurtent une certaine morale... Combien de ces hommes ou de ces femmes n'ont jamais ressenti de frissons interdits? Leur colère est à l'aune de leurs frustrations. Et ces gens-là représenteraient quelque chose?
Mais quoi donc? Qui donc? Quel concept de progrès?
Ils vivent dans la peur, dans le rejet de l'autre dès lors que sa différence les "met mal à l'aise". C'est un agrégat de colères, de complexes et de craintes qui est à l'image de ce courant empoisonné qui perdure. Ce même courant qui a agité notre société aux moments charnières du passé. Rien ne change dans ces profondeurs et comme notre société du moment est malade de ses irritations, de ses haines et de ses frustrations, elle cède à la tentation de s'y nourrir.
C'est désespérant. Plus le sommet semble proche, plus il s'éloigne et quand un petit pas est fait pour aller de l'avant, il faut essuyer des coups. Toujours de nouveaux coups.
Heureux les hommes de paix et de bonne volonté, oui mais pour faire un homme de ce bois-là, combien de passes d'armes, combien de batailles aux poings, à la plume et dans les urnes?
Combien de mères qu'on insulte au travers de leur enfant parce qu'il est homo...
De matrimonium
Je n'avais jamais manifesté de ma vie. Parce que je n'aime pas la Rue, parce que malgré toutes les bonnes raisons pour battre le pavé, cela n'a jamais fait partie de ma culture. Peut-être aussi parce que je viens de pays ou l'idée même d'une manifestation fut longtemps inconcevable.
Et pourtant. La défense du mariage pour tous est parvenue à m'y faire descendre au milieu de centaines de personnes, à Toulouse puis à Lille. C'est dire si, en plus des nombreuses publications et réactions que j'ai laissées sur la Toile, ce sujet m'a tenu à coeur.
Aujourd'hui, en France, la loi est votée et tout bientôt les premiers mariages entre personnes de même sexe seront célébrés. Il y aura encore de l'agitation, des vociférations, peut-être aussi de la violence mais, progressivement, toute ça se normalisera, car tout finit toujours par se normaliser.
Ce n'est pas parce que j'ai défendu le mariage pour tous que je suis, pour autant, un adepte du principe même de mariage tel qu'il est conçu dans les sociétés contemporaines, c'est à dire comme un acte officiel d'union, générant des droits mais aussi une foule de devoirs et de difficultés nouvelles.
Je respecte naturellement le choix de chacun en la matière et ce d'autant plus que j'ai été amené à y prêter mon concours dans la ritualisation de cette promesse. Cependant, pour moi, le mariage n'a d'intérêt que dans deux situations: lorsqu'il renforce le cadre de la protection lors de la venue d'enfants biologiques ou adoptés d'abord et, ensuite, lorsqu'il répond à un engagement d'ordre spirituel ou religieux.
Or dans ce deuxième cas, et pour le moment au moins, aucunes des grandes religions du monde n'accepte d'unir au nom de leur dieu ou divinité supérieure deux pesonnes du même sexe. Un couple homo se trouve donc, de fait, privé par les Hommes d'une aura, d'une protection divine qu'ils sont, paradoxalement, les seuls à pouvoir leur donner (non-sens total au passage). Voilà pourquoi d'ailleurs j'ai proposé une alternative spirituelle et non religieuse afin de marquer ce moment dans les esprits et lui donner un peu plus de solennité qu'une simple signature sur un registre.
Le mariage reconnu par la loi implique de nombreuses contraintes, ces mêmes contraintes qui sont la plupart des cas à l'origine des divorces. Je ne suis pas sûr que les couples du même sexe, aussi déterminés soient-ils après s'être si dignement battus, ne soient pas à leur tour confrontés à ce type de limites: l'obligation de fidélité, de communauté de toit, de partage des dettes par exemple... L'institution du mariage en droit Français en particulier a placé la barre très haut et exige une vraie constance sur la durée, constance très difficile à tenir. Les homos n'y couperont pas parcequ'ils sont hommes et femmes, comme les autres.
Alors, maintenant, il faut donner le temps au temps et aux statistiques. Nous verrons d'ici quelques années si la courbe des divorces est aussi importante et quels sont les couples particulièrement concernés. Il est possible aussi que les gays et les lesbiennes, avec leur conception de la vie, de la famille et les combats traversés, les rejets subis, insufflent un air nouveau à l'institution en montrant qu'un couple uni et qui s'aime peut aussi s'adapter à l'évolution de son histoire sans accorder une importance considérable aux infidélités physiques par exemple. Cette réflexion pourra apparaitre ici assez brutale mais nous savons bien que la culture homosexuelle intègre aussi celle des plaisirs, des tentations, peut-être beaucoup plus que celle du monde hétérosexuel coincé dans des cadres anciens, surveillé par la société...
Le mariage n'est pas une preuve d'amour (d'ailleurs, l'amour a-t-il besoin de preuves?), c'est juste la volonté de péréniser une relation qu'on espère immortelle et totale alors que tout autour de nous n'est qu'impermanence. Qu'on le place sous les auspices de la République, de Dieu ou d'un Etre suprême, cela revient au même. C'est, certes, faire un pari sur l'avenir, mais c'est aussi créer de nouvelles entraves dans une existence qui en compte déjà beaucoup. Le discours que je tiens ici, je l'ai toujours tenu et il ne m'a pas empêché de me réjouir sincèrement du bonheur de celles et ceux qui m'ont convié à leur propre fête de mariage, sans porter aucun jugement. Je sais simplement que moi-même, je ne me marierai pas malgré les élans possibles de mon coeur et que je conserverai cette liberté nécessaire pour nourrir des actes que je souhaite moralement les plus justes.
Le credo "être Bear" a 10 ans.
Il y a 10 ans, j'ai écrit ce texte et je n'aurais jamais cru qu'il puisse être repris régulièrement, ici et là sur le web, dans son intégralité ou sous forme d'extraits. Je ne l'avais d'ailleurs pas signé parce qu'il n'était destiné, au départ, qu'à illustrer mon profil sur un réseau social balbutiant et rappeler un credo personnel sur ma façon de concevoir ma place dans le monde qui était le mien.
Une décennie après, il n'a pas vieilli et reste toujours d'actualité. Les valeurs que j'y exposais demeurent et j'ai pu expérimenter sur le terrain combien elles sont fondamentales.
Voici donc ce que j'avais écrit.
"Etre Bear
C'est, avant tout, une attitude, une façon d'exister.
C'est se reconnaître dans les valeurs suivantes: convivialité, ouverture d'esprit, générosité, fidélité à ses idées et ses sentiments, intégrité.
C'est accorder aux choses leur juste valeur, savoir rester humble, refuser la superficialité érigée en système, ne pas juger sans savoir et demeurer fiable.
Etre bear, c'est tendre la main, prendre dans ses bras, donner de la chaleur humaine et recevoir celle qui est offerte, simplement.
C'est aussi mettre en valeur ses qualités physiques viriles pour en faire un atout, protéger et ne pas succomber aux sirènes de l'air du temps.
Etre bear, c'est offrir une altenative aux standards, sortir des ghettos, revendiquer son goût pour les plaisirs de la vie, assumer sa sensualité et sa nature profonde, faire du sexe un acte bon, positif et constructeur.
L'ours donne et n'attend rien en retour. Il essaye de garder sa route la plus juste possible.
Etre bear, en définitive, est une chance. La chance de dépasser les clichés, de vivre sa différence sans renoncer à sa nature d'homme et faire de cette dernière un refuge rassurant."
Qaherabear 2003
Le GUD dans le texte
Le texte suivant est extrait du site du Groupement Union Défense de Nancy (GUD, qui passe étrangement aux yeux des autorités pour un "syndicat étudiant"). Il est daté du 13 septembre 2012. L'objet de cette note est de faire quelques remarques sur son contenu et de donner quelques clés pour démonter son "argumentaire".
A. Le texte (orthographe corrigée):
"Homopholie : ça suffit !
On le redoutait et c’est arrivé ! La nouvelle offensive contre la famille et la propagation de la décadence prendra la forme d’un projet de loi en faveur du mariage des homosexuels ; lequel devrait leur permettre d’adopter des enfants dans les mêmes conditions que les couples normaux. En ce qui nous concerne, la réaction ne s’est pas faite attendre :
[photo d'une affiche : "Pas d'adoption, pas de mariage, pas de défilé, pas de quartier pour les enfilés!"]
Nous ne voyons pas en quoi ce qui fut considéré comme une déviance et une pathologie durant des siècles deviendrait tout à coup, dans notre société méprisable, quelque chose de normal ni même un comportement à promouvoir.
On pourrait se dire que l’Etat cède aux revendications des lobbies homosexuels parce qu’il est faible. A la vérité, il n’en est rien. Le mariage gay s’inscrit dans la continuité d’une vaste politique de dégénérescence et d’avilissement de notre peuple. C’est un projet soigneusement planifié et non une impuissance à résister aux quatre vents de l’esprit de quelques grandes folles sodomites surexcitées. En ce sens, il s’agit là d’une véritable opération criminelle pour laquelle les responsables devront expier leurs infamie dans le sang, le jour du grand règlement de comptes que nous attendons tous et que nous sommes prêts à mener brillamment.
L’homosexualité est un crime passible de la peine de mort dans au moins 7 pays du monde. C’est également un délit réprimé par des peines d’amendes et d’emprisonnement dans de nombreux pays ; comme l’Algérie ou le Maroc par exemple, et dont nous accueillons bien malgré nous et nos moyens, plusieurs centaines de milliers de ressortissants chaque année. En France, non seulement l’homosexualité est autorisée mais l’homophobie – excusez nous d’être normaux – est lourdement condamnée.
Abordons maintenant l’absurdité spirituelle et juridique d’un tel projet.
Comme chacun le sait, sur la question religieuse, le mariage est l’union sacrée d’un homme et d’une femme. Quant à la loi civile, elle est ordonnée à la défense du bien commun. A cet égard, la France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels. La question du mariage des invertis et autres gousses ne se pose donc pas.
Le mariage homo est l’offensive qui prépare à la dépénalisation de la pédophilie. Ce qui ne sera pas pour déplaire à MM. Lang, Mitterrand ou Cohn-Bendit."
B.Commentaires.
Mots soulignés: champs lexicaux de la maladie, du crime, de la violence, de l'insulte.
Les thématiques habituelles de tout discours nationaliste et fascisant son reprises ici avec la volonté d'instiller la peur et la notion d'un grand danger qui ne pourra être combattu que par les justes, les élus, au moyen d'une violence pulsionnelle naturelle. Le "grand règlement de compte" est à mettre en relation avec le "excusez-nous d'être normaux" et avec l'idée que l'homme (le mâle) normal est, par nature, hétérosexuel, soumis à la notion de sacré ("l'union sacrée d'un homme et d'une femme") et prêt à se battre physiquement.
Le paradoxe vient du fait que la parole ici sert à magnifier la violence qui ne fait pas appel à la capacité de réflexion dont elle est habituellement issue. Le texte n'est donc qu'un emballage pour donner un certain vernis à ce qui reste du domaine du pulsionnel et donc, de la peur.
Cette peur est sous-jacente dans certains termes qui mélangent les différents niveaux de langue: "pédophilie" ou "invertis" (terme médical et littéraire) côtoient "gousses" (mot argotique). Je ne pense pas que cela soit voulu. Cette confusion trahit plutôt une connaissance approximative de la langue. N'est pas tribun ni orateur qui veut.
Cette déclaration, par ailleurs dont le but est de s'opposer à l'ouverture des débats sur la question du mariage pour tous (sept. 2012) n'adopte pas de plan destiné à convaincre (un plan dialectique par exemple). Il s'agit ici d'asséner des idées toutes faites et de les empiler en créant des raccourcis tellement réducteurs qu'ils peuvent toutefois faire mouche. Jacques Chirac ne disait-il pas "plus c'est gros, plus ça passe"?
-Mariage=contre-nature=pédophilie=mort de la société.
-Mort de la société=programmation de l'Etat pour avilir (et c'est tout?)
L'opposition au mariage sert, au passage, à attaquer l'institution de l'Etat et mettre en avant l'idée d'un complot (autre grande habitude des discours fascisants). L'exemple des pays étrangers qui criminalisent ou pénalisent l'homosexualité illustre le propos en positif alors que leur action sur l'immigration est présentée comme négative: " et dont nous accueillons bien malgré nous et nos moyens, plusieurs centaines de milliers de ressortissants chaque année".
Par ailleurs, le texte propose d'aborder le volet spirituel et juridique du projet mais ne livre aucun argument de poids, aucune référence précise (au Code Civil par exemple, à tel ou tel Livre saint) ce qui prouve le manque de références de son ou ses auteurs. La violence du propos est un vernis mais aussi le plus sûr moyen de faire oublier que la thèse défendue ne repose sur aucune considération objective. On parle de "déviance" et de "pathologie" en s'appuyant sur une tradition séculaire contestable alors qu'il aurait été possible de présenter d'autres arguments sur la question de l'inné et de l'acquis, du psychanalytique, par exemple. Pour cela encore eut-il fallu disposer de la culture générale nécessaire...
On le voit bien dans cette courte illustration, les champs lexicaux utilisés suffisent à décrédibiliser le texte dans son ensemble. Trop agressif, trop à l'emporte-pièces pour pouvoir convaincre d'autres personnes que celles qui vivent dans la peur du monde qui les entoure. Peur de l'autre, peur de la différence, peur du recul de la virilité, ulitime forteresse quand l'esprit est vide.
Le GUD ne sait communiquer que dans la violence physique et verbale, c'est un groupe essentiellement masculin qui s'est créé, comme beaucoup d'autres du même acabit depuis un siècle, une mythologie délirante et déviante. La peur et la haine constituent les cadres de cette cosmogonie et l'esprit y est étranger. Pour lutter efficacement contre, il suffit de combiner le Droit avec le Verbe (qui passe également par l'écrit, par l'image) et répondre à la violence par la protection que favorise la Loi et l'union.
A la force pulsionnelle, basique et grégaire, il convient d'opposer la force tranquille qui passe nécessairement par la vigilance, la pédagogie et l'action légale.
Rex Ursorum, mode d'emploi.
Définition. le Rex Ursorum, -"roi des ours" en latin- n'est ni un titre souverain, ni un grade, ni une distinction honorifique. C'est un concept. Le Rex Ursorum n'est rattaché à aucune terre, aucun pays, il ne dirige personne, il ne gouverne rien: il incarne une idée.
A la fois personnage folklorique et sérieux, en partie virtuel et en partie réel, il représente une façon d'être et s'inscrit dans un courant de valeurs humanistes contemporain, rattaché au passé et tourné vers l'avenir.
Si l'ours désigne dans le langage, par analogie, les hommes bourrus au caractère ombrageux, il définit aussi le physique de ces hommes dans ce qu'il a de plus charpenté et rassurant. Les hommes-ours sont des refuges, le roi des ours n'est pas leur maître, juste, éventuellement, l'un de leurs symboles.
Genèse. J'ai mis du temps avant de me lancer dans cette aventure qui correspondait au désir profond de donner plus de consistance à un état d'esprit, une philosophie de vie personnelle, une forme d'altruisme et de partage qui ont toujours été miens à des degrès divers et malgré les aléas de l'existence. Ce sont des amis qui en sont indirectement à l'origine au travers de leurs plaisanteries répétées et de leur liberté de ton.
Au Moyen-âge, les fous, les miséreux de la Cour des Miracles élisaient leur roi. Personnage hypothétique, il détenait pourtant un rôle à la fois tangible et plus spirituel sur tous les parias qui l'avaient choisis. Preuve que derrière le carnaval qui a d'ailleurs conservé cette tradition, l'inversion des codes et le gigantesque bal de la comédie, il y a toujours quelque chose de sérieux qui nous dépasse. Moi, je me suis élu moi-même, j'ai patiemment créé et développé le concept du Rex Ursorum qui se nourrit de mes racines, de mon parcours et de mes expériences mais qui vit aussi par lui-même. Il implique une forme de raisonnement, une recherche permanente de la voie la plus juste (ce qui reste ô combien difficile au quotidien). Il pemet aussi d'expérimenter davantage et de ressentir les choses d'une manière différente.
A partir du moment où je me suis retrouvé dans ce concept que j'ai pu verbaliser et nommer, je me suis fondu dedans. A la fois comme le garçon de café de Sartre qui "joue à être" garçon de café et différemment, puisque je ne joue pas un rôle.
Schizophrénie? Non, j'ai bien toute ma tête :-) Je ne m'imagine pas vivre dans un palais de marbre avec des myriades de serviteurs se prosternant en déposant des gerbes de roses à mon passage. Je ne ressens aucun orgueil, aucune supériorité par rapport aux autres, je suis un inconnu dans le flot des inconnus sur cette terre. Seulement, je ne suis pas Rex Ursorum comme on peut-être reine de beauté ou pape car je ne prétends pas avoir une qualité supérieure à celles de mes contemporains ni représenter un chef de file ou un gourou.
L'époque qui est la mienne a vu de grandes idéologies s'écrouler, des cadres qu'on pensait immémoriaux voler en éclat. La progressive reconnaissance des individus dans toutes leurs différences et spécificités ethniques, culturelles, religieuses, sociales et philosophiques reste un parcours difficile et souvent solitaire. Les embûches demeurent nombreuses et les résistances hostiles. Le monde actuel est un univers de solitudes qui se fardent souvent pour donner le change et nombreux sont ceux qui cherchent une voie, loin de celles longtemps données en exemple.
Lorsque le hasard, l'inconscient, la génétique, peut-être aussi ont marqué un individu du sceau de la différence suprême qui est celle de son identité sexuelle, il ne peut moins que quiconque faire l'impasse sur ces questions existencielles. Moi qui ne suis pas programmé pour avoir la vie que la majorité de mes contemporains auront et qui sert de référent culturel -le mariage, la fondation d'une famille...- quel est mon rôle dans la société? A ces interrogations intimes, chacun tente d'apporter une réponse au fil des années. Le concept du Rex Ursorum a permis de m' apporter la mienne, de lui donner de a consistance en quelque sorte.
Rôle. La conviction profonde que la vie est aussi fragile que fugace quand on la compare aux grands cycles naturels, la conscience aigüe de former un tout relié entre humains, monde animal, végétal et univers primordial, me confortent dans l'idée qu'une existence, par nature non choisie au départ, ne prend sa pleine mesure que lorsqu'elle est tournée vers les autres. Aussi la fonction de Rex Ursorum implique-t-elle la recherche permanente des valeurs humanistes passant par l'usage de la raison et de la réflexion. En cela, elle s'ajoute à tous les courants philosophiques du même type passés et présent.
Observer, écouter, communiquer, essayer de voir les choses sous un autre angle, promouvoir les alternatives. Par les mots, par les actes, par le partage et la convivialité aussi. S'engager et servir par ses actions les causes justes. Certains choisissent la politique, d'autres la santé, certains entrent même en religion. Le Rex Ursorum est beaucoup plus modeste mais toujours sincère.
On ne fait pas de belles choses durables sans une dose d'originalité voire d'excentricité. Se prendre au sérieux ne rend pas son action plus efficace ni plus légitime pour autant. Voila pourquoi le concept du Rex Ursorum a aussi sa part de folklore, de rires et "d'opérette" que je revendique pleinement. Autour de moi, des personnes l'ont compris. Elles ont intégré cette ambivalence et ont accepté d'entrer dans ce monde et d'en jouer le jeu, chacune à sa manière, d'autant plus libres que rien ne leur est demandé en retour sinon de croire dans ses valeurs d'humanisme. Ainsi, depuis quelques années suis-je entouré par mes "Grands" à qui je donne d'amusants titres tenant compte de leur personnalité et de leur métier. On s'en amuse et on en rit beaucoup mais sous les paillettes, c'est toute l'affection que j'ai pour eux que je leur témoigne ainsi. Parce qu'on avance efficacement sur le chemin de sa vie qu'au contact des autres et de la connaissance.
Alors, je ne sais combien de temps cet édifice tiendra, ni d'ailleurs s'il est destiné à perdurer au delà de moi-même, ici et maintenant. J'agis aussi dans l'optique de sa pérénisation mais ce sont des paramètres qui ne dépendent pas de moi. Je n'oublie pas que dans cette vie-là, tout n'est qu'impermanence.
A ceux qui seraient tentés de se moquer ou de se méprendre sur mes intentions, je ne pourrais que les inviter à se demander si eux-mêmes seraient capables de concevoir une chose similaire, de pousser la réflexion aussi loin dans la quête de sens. On ne peut pas tout expliquer, il est des choses qui se ressentent pour les vivre et pour lesquelles le meilleur langage n'est pas celui des mots.
Ils veulent s'encanailler...
Ils veulent tous s'encanailler, ils veulent tous du sexe, "du cul" comme ils disent. Et pas que de l'artistique. Ils te pressent d'en montrer plus, d'en faire plus dès lors que tu es de la partie, de près ou de plus loin.
Parfait. Mais qui est là quand les difficultés surviennent et qu'il y a un brusque retour à la moralisation?
On se retrouve dans la position des maîtresses du roi pourvoyeuses de plaisirs et remèdes contre la solitude du pouvoir qu'on s'empresse pourtant de cacher dès qu'un père-la-morale a fait son sermon. Ainsi, on me dit à demi-mots qu'il ne faut pas que je m'étonne d'être censuré, vu ce que je montre. Soit, mais qui fait jouir son regard et son corps en regardant, en lisant tout cela? Combien sont-ceux qui me relancent régulièrement, demandant de nouvelles photos, de nouvelles vidéos, amateurs et/ou consommateurs de corps virils?
Où serons-ils le jour où, à force de rogner insidieusement sur la liberté d'expression et de publication on ne créera plus rien parce que tout sera considéré comme dérangeant.
Sans doute préfère-t-on voir le sang, les mutilations, les humiliations que des corps bien vivants faisant l'amour ou que les beaux volumes d'une paire de fesses ou de couilles.
Les cachés, les transis qui gueulent fort avec la foule mais qui ne s'assument pas m'agacent de plus en plus car il demandent aux autres de le faire pour eux. Si le créatif est un éveilleur d'esprit, il n'a pas vocation à servir de bouc émissaire au nom d'une règle écrite donc tacitement acceptée.
Censures
The Best Bear Artist?
Un sondage mis au point par un usager de Facebook tourne en ce moment et propose un classement sous l'intitulé "The best Bear Artist". On y retrouve des noms déjà connus ou pas, de France ou d'ailleurs et ce sondage a été complété par nombre de personnes à cette date. Or, je trouve cette démarche franchement triste, improductive, finalement très symptomatique de notre époque et ce pour au moins deux raisons.
La première est logique: pourquoi vouloir classer des artistes aux univers différents, dont les oeuvres, par leur nature même ne sont pas comparables au seul argument qu'ils représentent tous, à un moment ou à un autre de leur carrière, des Ours. Il me semble qu'entre Jannin et Fujimoto, il y a tout de même de sacrées différences, et culturelles et conceptuelles, ce qui n'enlève rien à la qualité et l'intérêt de leurs créations.
La deuxième raison tient au parti pris du concepteur du sondage. Il propose une liste de noms qui est loin d'être exhaustive et met, de fait -mais surtout par une évidente méconnaissance- de côté des personnes comme moi par exemple qui créent aussi du "Bear art" avec une certaine audience, fût elle petite. Est-ce pour autant que nous ne sommes pas des Bear artists?
Le sondage eût été plus intelligent s'il avait évalué la notoriété d'artistes du même ordre proposant des univers proches. Par exemple les dessinateurs influencés par le Manga et la culture japonaise ou les photographes travaillant en studio etc...
Qu'on le veuille ou non, qu'on aime ou pas tel ou tel nom, grand ou petit, on n'a pas le droit de cantonner le Bear Art aux seules célébrités du genre car cela n'a pas de sens et équivaudrait à reproduire ce que les artistes ont toujours dénoncé: la mise sous cadre rigide et ordonné en cases d'une créativité qui se veut libre autant que possible parce qu'elle véhicule aussi un message.
L'an dernier, un bel ouvrage papier a été édité aux USA si ma mémoire est bonne. Il prétendait proposer un tour d'horizon des artistes bears (peintres et dessinateurs) et il a pourtant fait l'impasse sur beaucoup de monde. Cela est d'autant plus dommage qu'Internet aujourd'hui facilite les échanges, les rencontres artistiques, même virtuelles et qu'il suffit d'être un peu curieux, de sortir des bars pour découvrir une diversité foisonnante et talentueuse. La méconnaissance de ce diversité des choses doublée d'une sérieuse dose de manque de tact sont souvent à l'origine de réactions négatives de repli là où chacun a une pierre intéressante à apporter au Grand Oeuvre commun.
La boule à neige

(Avertissement: ce conte de Noël est destiné à un public majeur et fortement averti)
1.
Once upon a time, il était une fois une ville.
Une de ces grandes villes aussi foisonnante quand le ciel est bleu que terne et morose quand il est plombé par le gris et le froid. Dans cette ville en damier, il y avait des rues à n’en plus finir et des tours qui grattaient les nuages.
Non, ça n’était pas New-York ou Chicago. Rien à voir non plus avec la City ou la Défense. Juste quelque chose d’approchant pour planter un décor, un peu hypothétique mais bien sinistre au début de ce conte.
Adossé contre un mur, assis sur un carton à même le trottoir, juste sous une porte cochère, se tenait un jeune homme. Mignon le jeune, une bonne vingtaine, la barbe rase et des traits déjà burinés, comme ceux d’un baroudeur. Les passants les devinaient à peine sous sa capuche ramenée le plus en avant pour se prémunir du froid piquant de cette fin de journée, à l’heure où la nuit hésitait encore. De toute façon, les gens comme lui étaient invisibles aux yeux des gens pressés. Trop nombreux. Jetés à la rue par la crise, attendant la fin du monde sans plus rien à emporter dans la tombe, là où les autres, eux, l’attendaient aussi, plus ou moins, au milieu de leurs biens.
Le garçon avait l’immobilité d’une statue. Point de casquette ou de boîte posée à proximité de lui pour récolter éventuellement quelques pièces. Point de gros chien ou de petit animal quelconque comme tous ses semblables, du quartier ou d’ailleurs. Juste lui qui n’attendait rien. Qui était-il et comment avait-il atterri ici ? Ça, le conte ne le dira pas tout de suite, car c’est un conte, pas un roman. Encore que… On sait juste que c’est avant que la nuit ne déboule vraiment avec ses myriades de lumières et de guirlandes scintillantes que tout commença.
Un homme s’était approché du garçon recroquevillé sur son carton. Un beau gaillard tout en épaisseur, barbu bûcheron dans un élégant costume de ville taillé sur mesure que laissait entrevoir son long caban de feutre entrouvert. Il se planta devant lui et le détailla un instant du regard. Le bonnet de docker qu’il portait laissait apparaître sur sa nuque des cheveux courts et bruns. Le garçon leva les yeux, sa capuche glissa légèrement et lui dégagea le visage. L’homme sourit avec un air de satisfaction. Il sortit une main de la poche dans laquelle il la tenait au chaud et la tendit au jeune.
-Tiens, grand, prends ça.
Une boule transparente glissa de ses doigts.
-Demain, à la tombée de la nuit, casse-la. Joyeux Noël à toi mon gars.
Et le gaillard s’éclipsa. Le garçon n’avait rien eu le temps de dire, pas même un petit merci. Il croisait parfois des gens bizarres comme ça qui lui faisaient l’aumône d’un peu de nourriture ou d’un ticket repas. La pitié, toujours la pitié. Mais personne ne lui avait encore remis pareil objet. Il profita du passage d’un taxi tous feux allumés pour détailler la boule.
Un globe à neige avec un Père Noël à l’intérieur dont seule la tête barbue et blonde sortait des microscopiques copeaux blancs en suspension. Un jouet en somme. Ca lui donnerait peut-être de quoi manger ce soir s’il arrivait à le refiler. Il se souvint de ce que l’homme lui avait dit. La casser demain à la tombée de la nuit.
Demain, c’était la veille de Noël… Quelle drôle d’idée. Enfin, s’il n’avait pas trouvé un acheteur d’ici-là, il l’écraserait contre un mur. Noël, c’était pour les autres, pas pour lui.
En agitant la boule et en détaillant le personnage à l’intérieur avec plus d’attention, le garçon se mit à rire. La neige synthétique en suspension venait de révéler un Santa jeune, extrêmement réaliste à la belle musculature et surtout, quasiment nu. Ses deux pieds étaient posés sur les ailes d’un petit avion de type jet privé comme ceux d’un surfeur sur une planche. Il ne portait que son bonnet rouge à pompon blanc, de grosses bottes fourrées au niveau du genou et un slip rouge également très échancré et particulièrement bien moulé. Ce truc original devait venir d’un sex shop, la boule à neige coquine pour émoustiller la copine. Ou le copain, car tout bien considéré, le personnage faisait très gay pride et le garçon en savait quelque chose. S’il était à la rue c’était aussi à cause de cette sensibilité-là.
Du coup, l’envie de revendre l’objet lui passa rapidement, comme celle de le briser d’ailleurs.
L’inconnu lui avait pourtant bien demandé de le faire…
2.
La nuit fut passablement agitée. Au centre d’hébergement est de la ville, la misère humaine s’entassait comme dans les romans du XIXème siècle. Il y avait juste l’électricité et les douches en plus. Pour le reste, ça restait du Dickens ou du Zola. Difficile de trouver de la place et de ne pas se faire tabasser par un soudard complètement ivre. La période des fêtes rendait les laissés-pour-compte encore plus agressifs, parce que la désespérance est pire que la misère. C’est comme une antichambre de la mort et ils le sentaient bien. La grande pauvreté ne fait pas fraterniser les hommes, chacun se bat pour un fond de boîte ou un bout de carton. Le service de sécurité avait dû intervenir plusieurs fois pour séparer ceux qui en étaient venus aux mains et les mettre à la porte.
Le lendemain, le ciel s’était couvert et le froid moins piquant était devenu humide. De cette humidité pleine de miasmes que les gaz d’échappement n’arrivaient pas vraiment à engluer dans leur pollution.
Encore attendre. Encore errer d’un point stratégique à l’autre, l’esprit vide, les pensées plus ou moins blanches. Ne pas trop réfléchir à cette poignée de mois passés dans la rue après avoir été renié par les siens parce qu’un garçon occupait toute sa vie et qu’il l’avait suivi…
En cette veille de fête, les passants semblaient plus affairés que jamais, les pas se pressaient, les sacs pendaient plus lourds au bout des bras ou sur les épaules. Victuailles, cadeaux, vêtements. Il y avait peu être des chances que les aumônes soient plus généreuses. Noël a toujours fait culpabiliser celui qui possède quand il se retrouve face à celui qui n’a plus rien.
Mais la journée s’écoula sans plus de manne que d’habitude.
A plusieurs reprises, le garçon avait pris le globe à neige dans ses mains, s’amusant de son contenu faussement innocent. Pourquoi le briser ? Dommage.
En même temps, pourquoi le garder au delà de Noël ? On range bien les décorations une fois les fêtes passées. Cela n’aurait plus de sens.
3.
Quand la nuit vint, il fallut toutefois prendre une décision. Le hasard ou la destinée le fit pour lui.
Alors qu’il faisait tourner la boule une énième fois dans sa main, jouant de l’agilité de ses doigts dessus en regardant les voitures s’arrêter au même feu rouge où il était déjà la veille, un passant au téléphone vissé à l’oreille le bouscula et, avant même que ce dernier eut le temps de s’excuser sans ralentir, le globe décrivit une belle courbe et alla se fracasser au sol. Le plastique brisé de ses deux hémisphères laissa s’échapper le liquide plein de copeaux et le garçon n’eut que le temps de récupérer au vol la figurine du Père Noël sur son avion avant qu’elle soit écrasée par les chaussures pressées.
-Tu t’es enfin décidé, mon gars, fit une voix au milieu de la foule.
C’était l’homme de la veille, dans le même costume. Ses chaussures vernissées de grande classe donnaient l’impression qu’il se rendait à un dîner de gala.
Il poursuivit en lui tendant la main.
-C’est bien. Le Santa qui est à l’intérieur t’en est reconnaissant. Viens avec moi.
-Excusez-moi m’sieur, mais je suis un gars des rues. Je ne suis pas les gens comme ça. Je ne sais déjà pas pourquoi vous m’avez donné cette boule hier…
-Je comprends. Tu ne vas pourtant pas rester là toute la vie mon garçon. Ce soir, c’est Noël. Viens.
Le ton était posé, persuasif, la voix ressemblait à un léger courant d’air chaud dans l’atmosphère alentours si froide. Le jeune prit la main tendue qui l’aida à se déplier du sol. Il agrippa son sac à dos usé qu’il avait pour seul baluchon et fourra la figurine dans une poche de sa parka.
Une limousine noire surgie de nulle part glissa lentement le long du trottoir. Les enjoliveurs de ses roues étaient rouge métallisé, détail surprenant. Une porte s’ouvrit.
-Monte.
Peut-être aurait-il dû avoir peur à ce moment là et se raviser ? Qui enlèverait un SDF comme lui ? Même pour assouvir d’éventuels désirs pervers, qui ?
Le grand gaillard à la barbe épaisse et au caban lui sourit.
-Monte, ne crains rien. Je suis un mec réglo.
L’habitacle du véhicule apparut au jeune homme comme un univers étrange. Son décor était très moderne, de métal et de bois avec une ambiance feutrée dès la portière fermée. On aurait dit un film mais il était bien dans la réalité. Les banquettes étaient larges et confortables. Une vitre teintée séparait la cabine de l’avant du véhicule où un chauffeur se tenait.
L’homme retira son manteau. Il portrait un beau costume gris soulignant le blanc de sa chemise rehaussée d’une cravate grenat impeccablement nouée. Contraste total avec l’accoutrement de misère du jeune qui ressentait des sensations mitigées. Le gaillard était vraiment splendide dans son image de daddy épais et stylé tandis que lui se sentait en position de faiblesse, toujours vaguement inquiet.
-Mets-toi à l’aise, garçon. Pose ton sac près de toi. Tu dois te demander ce qui t’arrive et où je t’emmène.
-Vous êtes qui ?
-Tu le sauras bientôt. Je ne te veux pas de mal. Je ne t’ai pas choisi par hasard.
Surprise du jeune homme.
-Tu t’appelles Brenn. Tu es à la rue depuis près d’une année. En rupture avec tes parents qui n’ont pas accepté que tu sois gay…
-Qu’est-ce que c’est que ce truc ? S’exclama le garçon. Qui vous envoie ?
Le gaillard posa sa main gantée sur son avant-bras et plongea son regard bleu dans le sien.
-Calme-toi. Je te dis tout cela pour que tu ne croies pas que je t’enlève. Si tu es à la rue, c’est aussi à cause d’un garçon que tu as suivi en laissant tout derrière toi.
Il serra le poing.
-Putain oui, j’ai tout laissé et il m’a jeté…
-Nous savons tout ça.
Ça se bousculait dans sa tête et dans son cœur. Il se serait cru dans un mauvais rêve. Presque un an sans aucune nouvelles de Tark qui l’avait planté là au milieu de la rue sans rien, sous la pluie comme une pauvresse de contes pourris et voilà qu’il le faisait quasiment enlever par une sorte de messager bombasse qui prétendait tout connaître de son histoire.
-Tu as le Santa ? Demanda l’inconnu.
Il fouilla dans sa poche et le lui donna. Le daddy eut un grand sourire aux dents blanches et puissantes. Il toqua à la vitre de séparation.
-A l’aéroport, Roy.
-Bien Monsieur, répondit la voix du chauffeur.
-Je peux quand-même savoir où on va ?
-Zen grand. Tu auras toutes les explications en temps utiles. Tu dois juste savoir qu’en cassant la boule comme je te l’avais demandé, tu rends possible toute la suite de cette histoire qui n’est à nulle autre pareille.
Le jeune eut un petit rire.
-Ça j’en sais rien, mais je trouve que la figurine est un peu spéciale pour un truc à neige.
-Je vois que tu as remarqué. L’original crois-moi est encore mieux.
-Vous êtes… Gay ?
Pour toute réponse, il eut à nouveau l’impressionnant sourire.
Une sonnerie retentit, on aurait dit une gentille ritournelle. Le portable du daddy.
Il décrocha.
-Oui. Nous arrivons… L’avatar est libre, préparez le dispositif. Oui. Le garçon est là également. Bien.
Brenn n’avait pas complètement lâché son sac durant le trajet. Il le retenait par une bretelle. Réflexe de survie appris dans la rue. S’il fallait s’enfuir, il ne comptait pas laisser ses quelques affaires derrière lui.
Le gaillard perçut sa méfiance.
-Je te sens tendu. Je te le répète, nous ne te voulons aucun mal. Tu es celui qui rend possible l’accomplissement de quelque chose d’important. Fais-moi confiance.
-Je ne sais pas… Laissa-t-il filer avec franchise.
-Je comprends bien. Nous arrivons.
Les vitres teintées de la limousine filtraient tout du paysage mais le garçon put distinguer des alignements lumineux dans la nuit. Quand la portière s’ouvrit, le chauffeur portant gants et casquette l’invita à sortir. Il se retrouva sur le tarmac d’un aéroport encore tout mouillé d’une récente averse. Il passa machinalement son sac au dos.
Le gaillard le poussa légèrement en l’invitant à le suivre vers un gigantesque hangar proche. La limousine disparut aussi rapidement qu’elle était arrivée tandis que les portes métalliques s’ouvraient.
4.
Un bel avion blanc au fuselage parcouru de lignes rouges courbes apparut dans un halo de lumière. Un jet privé. Ses réacteurs de queue émettaient un léger bruit sourd, la porte dotée de marches était ouverte et attendait les voyageurs.
-Prends la passerelle et monte dans cet avion. Je t’y rejoins dans quelques minutes.
Le ton était ferme mais empreint d’une grande douceur. Le jeune homme, malgré ses sentiments et sans doute aussi aiguillonné par la curiosité entra dans l’appareil. Il n’y vit personne mais tout à bord fleurait bon le luxe et les matériaux nobles. Grands fauteuils dotés de ceintures, un divan, une table aussi et même un grand écran plat sur une paroi.
Il laissa tomber son sac sur la moquette du sol sans oser s’asseoir. Il détaillait l’endroit lorsqu’une vive lumière attira son regard. Il s’installa prés d’un des hublots de tribord et observa.
La luminosité était forte comme celle d’un projecteur directement orienté sur son visage, il reconnut la haute silhouette du gaillard, de dos, encadrée de part et d’autres par deux autres personnages qui semblaient affublés de longues blouses. Au bout de quelques secondes, un quatrième apparut, aux contours indistincts tandis que la lumière perdait son intensité.
De peur d’être surpris, Brenn se recula et resta debout.
C’est alors que le daddy entra à son tour. Il précédait un autre homme aussi grand que lui et tous les deux effleuraient le plafond de l’appareil.
-Brenn, voici Nikki.
Le jeune homme eut un mouvement de surprise. Le colosse qui lui faisait face et qui affichait un sourire amical étirant les coins de sa moustache qu’il arborait fournie et bien taillée avait les mêmes traits, la même barbe blonde que celui de la figurine de la boule à neige.
Il portait un costume clair, était cravaté de rouge et avait posé sur sa tête une toque de fourrure blanche. Plus jeune que le gaillard, il n’en était pas moins charpenté et Brenn se sentit petit en compagnie de ces deux personnages.
-Ainsi tu es le garçon à qui je dois la liberté cette année ? Fit Nikki. Permets-moi tout d’abord de t’en remercier. Sois le bienvenu dans cet avion et prépare-toi à vivre la nuit de Noël la plus folle de ton existence.
Le daddy poursuivit.
-Je t’avais promis des explications, les voici. Les enfants croient au Père Noël jusqu’au jour où le mythe s’effondre parce que la société le tue. Mais le Père Noël, lui, continue d’exister, du moins son concept. Il prend plusieurs formes, revêt plusieurs aspects. Il y a des années, un garçon comme toi, parce qu’il se sentait seul, abandonné alors que la nuit de Noël approchait et parce que depuis longtemps on avait tué le rêve en lui, décida qu’il aurait son propre Santa. Il l’imagina conforme à tous ses fantasmes, il en fit un superbe gaillard, sensuel, sexuel, toujours souriant. Une sorte de super héros. Il jeta sur le papier toutes ses envies, y passa la nuit et, au petit matin du 25 décembre, il s’endormit sur sa feuille. Il fit alors un rêve. Dans ce rêve, une voix lui dit que son héros de papier existerait bien mais qu’il n’aurait qu’une vie de vingt quatre heures pendant lesquelles il serait tout à lui. Au bout de ce délai, il disparaîtrait et serait enfermé dans une figurine, elle-même contenue dans une boule à neige. Il ne pourrait réapparaître qu’un an après, jour pour jour à condition que le globe soit brisé par un jeune homme qui aurait tout sacrifié par amour pour un autre.
Tu as été celui-là. Voila pourquoi tu es ici ce soir. Le jeune homme de l’histoire a réussi dans les affaires, il est devenu riche. Il a eu le monde à ses pieds mais n’a jamais renoncé à ce prodige.
Brenn resta sans voix. Même dans ses délires les plus fous, il n’aurait pu imaginer pareil scénario qui tenait du surréaliste. Pourtant, une question lui vint immédiatement à l’esprit.
-Vous avez donc encore besoin de moi ?
Nikki se mit à rire franchement. Son visage avait une sorte d’impossible perfection.
-Tu es perspicace. Chaque année, durant cette nuit et à bord de cet avion, nous nous rendons dans quelques endroits du monde pour y apporter des moments de bonheur à ceux que nous avons choisis.
-Nous allons faire en sorte, compléta le gaillard, que tu quittes la rue où tu as vécu jusqu’ici. Parce que Santa a tous les pouvoirs que lui donne un conte et parce qu’en le libérant tu rends possible que son existence continue et que le bien se fasse, il accomplira deux choses pour toi une fois le moment venu. Pour l’heure et avant que nous partions, tu dois laisser ici tes oripeaux et prendre ceux qui vont être les tiens durant cette longue nuit.
D’abord, ouvre ça et respire.
Nikki tendit au jeune homme une petite pochette qui contenait une sorte de lingette. Il l’ouvrit et l’approcha de ses narines.
Immédiatement, une douce torpeur s’empara de lui, une impression de sérénité progressive qui n’ôtait toutefois rien de sa conscience. Comme une ivresse sans ivresse. Il se sentit mieux, la fatigue disparut complètement, comme si coulait sur lui un bain tiède plein de mousse, ce qu’il n’avait plus connu depuis belle lurette.
Les deux hommes prirent place sur le divan.
-Déshabille-toi, murmura le daddy. Entièrement.
Sans plus aucune appréhension, même sourde, même lointaine, Brenn fit tomber un à un ses vêtements jusqu’à se retrouver nu devant eux.
C’était un beau garçon presque athlétique que la rudesse de la rue n’avait pas abîmé. Bien balancé, son corps était couvert d’un léger duvet sombre qui s’épaississait sur les cuisses et les avants bras. Il n’était assurément pas fait pour la misère.
-Approche-toi, demanda Nikki
Toujours dans son nuage parfumé, Brenn enjamba le tas de ses frusques et vint jusqu’à être à portée de leurs mains.
Elles se posèrent sur lui, caressèrent un instant sa peau et s’attardèrent sur sa queue et ses burnes bien rondes. Quand elle se montra dans toute sa turgescence, le plus naturellement du monde, ils jugèrent que le garçon était enfin prêt à les accompagner.
Le daddy se leva et se rapprocha de la porte. Il actionna une manette et la passerelle se redressa. Une fois verrouillée, il prit place dans le poste de pilotage, posa un casque doté d’un micro sur ses oreilles et se prépara au départ.
A son tour, Nikki se déplia doucement en continuant à effleurer le corps de Brenn de la main puis il se pencha légèrement à son oreille.
-Notre première destination, murmura-t-il, nous emmène au-delà de l’Océan. Nous avons du bonheur à donner là bas. Avant de décoller, je vais te parer pour ce voyage.
Après quelques gestes qu’exécuta le Santa autour de lui à la manière d’une incantation, Brenn se retrouva sanglé d’un beau harnais de cuir noir rehaussé d’entrelacs dorés, ses mains se couvrirent de mitaines de la même matière remontant jusque sur ses avants bras, ses pieds furent chaussés de sandales antiques à lanières tandis que deux spalières articulées apparurent sur ses épaules. Bien que toujours nu, il ne l’était plus vraiment et ressemblait maintenant à un personnage à mi-chemin entre l’Antiquité et l’Heroic fantasy. Brenn avait l’impression d’être plus fort, plus beau. Toujours dans les vapeurs du parfum qui l’environnait, il passa une main sur son visage. Il y sentit une barbe plus fournie comme si l’habillement s’était accompagné d’une transformation physique. Cette découverte redoubla son excitation.
-J’aime te voir aussi vigoureux, mais garde bien ta semence au chaud, souffla Nikki de nouveau à son oreille. Installe-toi confortablement, nous allons décoller.
L’appareil quitta le sol avec la légèreté d’un oiseau, sans à coups. Il monta rapidement dans les nuées de la nuit qu’il perça de sorte que les voyageurs se retrouvèrent rapidement à haute altitude entourés de lumière lunaire. Le temps dans cette cabine n’avait pas la même valeur. Il était comme comprimé et tout à la fois dilaté. Brenn, extrêmement conscient de son état de sérénité totale ne pensait plus. Son corps entier, comme sorti d’un pur fantasme, lui procurait une chaleur interne pleine de sensualité prête à exploser. Si son sexe avait repris son état au repos, il sentait en revanche que ses tétons restaient durs.
L’avion se stabilisa et prit sa vitesse de croisière. Nikki qui s’était assis et ceinturé se leva, il fut bientôt rejoint par le pilote qui afficha son grand sourire, à la fois gourmand et carnassier lorsqu’il découvrit Brenn dans sa nouvelle tenue, assis au fond de son siège, les cuisses ouvertes qui ne cachaient rien de sa virilité.
-Tu es vraiment très beau, jeune homme, et je suis sûr que tu sauras faire le bonheur de ceux que nous allons visiter durant cette nuit. Le vol sera court et nous devons nous aussi nous préparer.
Il retira la veste du Santa dans un mouvement rapide et sûr. Le costume cravate se délita progressivement comme si une gomme invisible l’effaçait, révélant un corps épais, poilu et charpenté aux bras puissants, aux pectoraux ronds, au ventre bombé. Un slip rouge très échancré apparut, il moulait avantageusement un paquet volumineux qui le tendait au point d’en laisser échapper une belle toison pubienne blonde. Les souliers de ville se transformèrent en bottes de cuir rouge bordées de fourrure blanche tandis que la toque elle-même changeait de couleur et s’agrémentait d’un pompon. Brenn reconnut quasiment élément pour élément la tenue de la figurine. C’est à ce moment qu’il intégra qu’il était véritablement entré dans une autre dimension échappant à toute logique humaine.
Nikki se montra satisfait.
-Je me sens beaucoup mieux dans cette tenue là, le costard ça va un moment. Ça te plaît mon grand ? fit-il à l’adresse de Brenn en se rapprochant de lui jusqu’à venir plaquer sa proéminente bosse contre son nez.
Le jeune n’avait rien besoin de dire, il caressa machinalement sa queue. Des mois sans de vraies relations viriles, autant de jours à vivre dans la misère et la laideur des corps et de la ville. Et là, en quelques heures, tout qui se précipitait. Il huma profondément la toile rouge qu’il sentait palpiter et qui exhalait un parfum indescriptible et enivrant de mâle.
-Gardez vos forces, les garçons, fit le daddy avec bonhommie. Nous avons du pain sur la planche et le plaisir de nos hôtes compte ce soir plus que le nôtre.
Il prit le temps de se déshabiller sans aucun artifice magique, lançant adroitement chaque vêtement sur le divan jusqu’à ce qu’il fut totalement nu. Et Brenn vit une nouvelle beauté virile toute en épaisseur et quasiment animale. L’homme était comme un ours dressé sur ses pattes arrières, le poitrail large au pelage brun piqué, ça et là de poils argentés. Son corps entier était taillé dans la masse. Il était aussi charpenté que le Santa mais cette puissance naturelle n’avait pas le côté improbable de la carrure de Nikki.
Le gaillard portait fièrement un sexe conséquent, de ceux qu’on a envie de prendre à deux mains, de pétrir entre ses doigts pour en sentir la consistance et la lourdeur des génitoires. Brenn ressentit une forte attirance pour ces deux étonnants passagers. Oui, il avait envie de s’oublier entre leurs bras, de s’abandonner complètement, d’être leur jouet. La dernière fois qu’il avait vécu et assumé cette pulsion, c’était avec Tark. D’ailleurs, l’évocation de ce souvenir ne provoqua rien de particulier en lui, preuve que ce qu’il avait respiré et qui emplissait encore tous ces capteurs olfactifs agissait sur lui comme un doux sortilège.
Comme l’avait fait Nikki auparavant, l’ours se rapprocha aussi du garçon assis sur son siège et qui n’essayait même pas de cacher son érection. Il le saisit avec grande douceur par la nuque et pressa son visage à la hauteur du bas ventre.
-Imprègne-toi de mon odeur, mon gars. Fais-toi plaisir et souviens t-en.
Brenn aurait pu le prendre en bouche mais quelque chose le retint. Peut-être le désir de faire durer indéfiniment le rêve. Car tout cela était trop beau et ne pouvait pas être autre chose qu’un songe.
Au bout de quelques instants, le gaillard relâcha son emprise et donna au garçon une petite tape affectueuse sur le sommet du crâne. Ses mains ses croisèrent et décrivirent des figures imaginaires, comme un envol d’oiseaux en ombres chinoises, puis il les fit glisser le long de son corps. Des volutes apparurent sur sa peau, dessinant des rinceaux de feuillages.
Des fleurs s’ouvrirent sur ses épaules et ses biceps tandis qu’un bestiaire merveilleux courrait sur sa peau. Son corps bâti comme une montagne se couvrit de tatouages alors que des cuissardes partaient de ses pieds et poussaient le long de ses cuisses et qu’un anneau d’acier enserrait sa queue.
-Tu es parfait, déclara Nikki. Tu vois, Brenn, nous représentons désormais tous les trois un condensé des désirs et des fantasmes de ceux que nous allons visiter durant cette longue nuit.
-D’ailleurs, continua le gaillard tatoué, nous arrivons à notre première destination. Je reprends les commandes au pilote automatique.
Désormais, partout où le jet se poserait dans les prochaines heures, il n’y avait pas besoin de tour de contrôle ni d’autorisation.
5.
La porte passerelle s’ouvrit sur un tarmac environné de nuit. Une rue commençait au bout de cette piste, comme si elle avait été tracée spécialement pour que Brenn et ses deux compagnons la suivent. Elle était déserte et assez mal éclairée par des lampadaires sans style. Il faisait peut-être froid mais le garçon ne le ressentait pas. Il avançait en suivant la cadence.
Ils pénétrèrent bientôt dans une maison banale perchée au sommet d’une volée de marches. A l’intérieur, un homme s’était endormi sur son canapé devant une télévision qui débitait des images hachées. Il portait un short et un t-shirt. Une bouteille vide avait roulé à proximité. Un mauvais alcool.
Brenn observa quelques instants cet intérieur et des flashes de la rue lui revinrent en mémoire. Ici aussi, ça sentait la misère qui frappait à la porte… Il y avait quelque chose de triste dans cette atmosphère. Pas une seule décoration au mur, pas de sapin. L’inconnu était plutôt beau garçon. Peut-être la trentaine.
L’ours tatoué posa sa grosse main entre ses omoplates et secoua doucement le corps inerte.
-Ey, mon gars, réveille-toi, c’est la nuit de Noël, fais un effort !
L’inconnu s’anima en effet et dès qu’il vit son grand sourire, recula, prêt à se défendre.
-Merde, mais vous êtes qui ? Comment vous êtes entrés ici ? Fit-il dans un souffle.
Nikki se planta à son tour devant lui suivi de Brenn.
-Par la porte. Répondit-il. Et pour le reste, tu dois bien le savoir. Nous venons de ta tête et de ces désirs que tu ne dis pas.
Le premier moment de sursaut passé, l’homme qui s’était redressé ouvrit grand la bouche.
-Putain, je rêve ! Vous êtes des dieux, les mecs.
-Mes copains et moi, on a décidé de te rendre une petite visite pour te dire d’arrêter de boire et de foutre ta vie en l’air. Tu es un beau garçon, tu as une tête bien remplie et de la ressource, alors prends-toi en mains. Et comme on est tous les trois là, si on peut faire quelque chose…
La fausse innocence de la question fit sourire Brenn. Il avait bien compris la vraie nature des petits bonheurs que les gaillards avaient évoqués durant le voyage. Sans doute constituaient-ils aussi une forme de cadeau fait à l’autre ?
-Je peux vous…toucher ? Demanda l’inconnu comme saisi de timidité.
Ses mains passèrent d’un corps à l’autre comme si elles caressaient des œuvres d’art. Les doigts suivirent les lignes des tatouages de l’ours, s’attardèrent sur les tétons durs et dardant de Brenn et glissèrent sous le slip échancré de Nikki
-T’es le plus beau Santa que j’ai jamais vu, fit-il avec de l’émotion dans la voix. C’est pas possible, je rêve… Je peux voir ta queue ?
Nikki fit lui-même glisser le slip rouge qui enserrait ses hanches. Son énorme pine se déploya comme un grand serpent et Brenn qui la voyait pour la première fois, n’était pas loin de quitter son tout nouveau statut de dieu vivant pour celui d’un enfant découvrant son jouet au pied de l’arbre illuminé. Mais son plaisir devait passer après.
-J’en ai jamais vu une aussi grosse ! Dit l’homme, hypnotisé.
Il posa sa main sur le beau membre puis, enhardi par son désir, il y mit la deuxième pour malaxer les grosses burnes. Complètement fasciné, il ressemblait à un orpailleur qui venait de trouver un filon exceptionnel dont les pépites brillaient déjà dans son regard.
-Je veux que tu bandes mon Père Noël ! Chuchota-t-il en se mettant à astiquer le mandrin. Il eut bientôt sous le nez un calibre purement fantasmatique qu’il lécha avec frénésie. Brenn se dit que le cœur du garçon devait battre aussi vite que le sien. Sa propre queue arborait d’ailleurs elle aussi une fière turgescence.
-C’est bien mon gars, murmura l’ours tatoué à son oreille, remplis ton esprit de ces belles images, laisse ton corps s’exprimer.
Il posa ses mains épaisses sur les flancs de Brenn et l’attira contre lui dans un mouvement à la fois très tendre et très masculin. Au contact de sa toison douce et chaude, le jeune gars se sentit encore mieux qu’il ne l’avait jamais été jusqu’ici. Le gaillard caressa son ventre puis serra son jeune sexe et le masturba tranquillement.
-Retiens-toi, regarde, laisse le plaisir totalement te posséder.
L’énorme bite de Nikki accaparait toute l’attention de son hôte qui se délectait de chaque coup de langue dont il la gratifiait. Santa avait beau être le fruit des fantasmes de son concepteur, il n’en demeurait pas moins extrêmement sensible à ce genre de plaisirs. Il finit par balancer une monumentale dose de foutre chaud à l’inconnu qui ne s’appartenait définitivement plus.
Brenn était à deux doigts de répandre le sien, mais le daddy avait l’autorité d’un maître et il était convaincant.
-Retiens-toi. Cette nuit tu es un dieu du plaisir. Garde ta semence pour l’offrir.
-Je ne pourrai pas si tu continues, laissa-t-il filer entre ses dents.
L’inconnu maculé grognait de bonheur, laissant sa langue courir sur la volumineuse hampe encore couverte de nectar épais, comme un colibri se nourrit au cœur de la fleur. Nikki l’encouragea à continuer en posant une main sur sa tête. On aurait pu être dans la pornographie la plus rustre mais il n’en était rien car le tableau offrait le spectacle du plaisir pour le plaisir, prodigué pour faire du bien.
Le gaillard tatoué libéra Brenn de son étreinte.
-Nous devons partir, dit-il posément.
-Non, pas déjà, fit l’inconnu. Restez encore, s’il vous plaît.
Nikki glissa sa paume sous le menton de l’homme et planta son regard dans le sien.
-Nous ne sommes qu’un fantasme, dit-il, à toi maintenant de le nourrir, d’en inventer la suite et surtout de reprendre ta vie en main.
L’homme se laissa glisser dans son canapé et s’endormit tout aussitôt.
Le Santa remonta son slip rouge sur son superbe sexe.
-Tu vois, fit-il à l’adresse de Brenn, au petit matin il s’éveillera pensant qu’il a rêvé mais sur son t-shirt il trouvera la trace de ma semence. Sa journée sera particulière…
6.
Le deuxième voyage conduisit les trois hommes au beau milieu d’une campagne au ciel étoilé. L’ours avait posé l’avion sur la piste d’un aérodrome et le vol avait paru extrêmement rapide à Brenn qui l’avait passé dans les bras de Nikki. Le Santa se révélait aussi câlin qu’étalon.
-L’acte sexuel est quelque chose de merveilleux, lui avait-il dit, mais il ne prend toute sa valeur que s’il est fait pour prodiguer le bien. Voila pourquoi j’existe. Voila pourquoi j’ai été imaginé et créé.
-Si tu n’existes en vrai que pendant cette nuit, tout le reste du temps que fais-tu ? Où es tu ? Brenn avait posé sa question sans vraiment réfléchir, comme il l’aurait posée à un ami de longue date, à un confident.
Nikki répondit que certaines choses devaient rester secrètes et qu’il ne pourrait pas tout dévoiler ce soir.
-L’année prochaine, continua-t-il, il y aura un autre homme à ta place. Un qui aura à mes yeux autant de valeur que toi. Je ne suis qu’un fantasme et mon action de borne à faire du bien. Ces moments fugaces n’en auront que plus de valeur dans les souvenirs que tu en garderas.
Le jeune homme était bien dans ces bras puissant, comme il avait ressenti un trouble profond entre ceux du gaillard tatoué ou lorsqu’il avait humé l’odeur de leurs deux corps. Il aurait pu ressentir une pointe de tristesse parce que chacune des minutes qui s’écoulaient en s’étirant ou se contractant le rapprochait de la fin de cette nuit exceptionnelle. Mais son esprit, au lieu de cela, se nourrissait de tout ce qu’il voyait, de chaque chose qu’il percevait.
Il y avait là une grande propriété environnée de bois, ses grilles d’entrée étaient ouvertes de part et d’autres de môles de briques agrémentés de statues en leur sommet. Une allée de graviers bordée de luminions qui brûlaient encore conduisait au porche d’une belle maison de maître. Le tatoué avançait en tête, le pas décidé. Chaque mouvement lui contractait les muscles fessiers et en dévoilait toute la puissance. La nudité de son corps naturellement charpenté était mise en valeur par les tatouages qui le parcouraient et ces grandes cuissardes chaussant chaque jambe.
La porte close apparut dans un blanc cassé. Des fanaux électriques y jetaient une lueur de tons chauds. Une chaîne pendait à proximité, dotée d’un pommeau.
Le gaillard la tira fermement et on entendit tinter dans la maison.
Lorsque son propriétaire ouvrit, ce fut pour lui un choc. Un robuste bonhomme, à la fois rond et carré, à la peau chocolat et aux traits épais. Pas vraiment beau au sens du commun mais doté de ce charme puissant des mâles qui ignorent leur potentiel de séduction. Il devait approcher de la cinquantaine et s’était enveloppé dans une robe de chambre à la coupe surannée qui laissait apparaître une toison rase encore noire à la base du cou.
-Wow les mecs ! Vous sortez d’où comme ça ? Je rêve ou quoi ?
-Je ne crois pas non, fit le Santa en bombant le torse avec un sourire à faire exploser n’importe quelle braguette. C’est Noël et je passe te voir avec mes copains.
L’hôte fit entrer ses visiteurs dans un gigantesque hall qui devait également servir de salon de réception. Au milieu d’une table basse, un beau flingue en acier dépoli trônait. On ne voyait que lui.
-Tsss, toi tu allais faire une connerie, marmonna l’ours tatoué en passant à côté. On est arrivés à temps. Se tirer une balle dans la tête la nuit de Noël, ça fait mauvais genre, non ?
L’homme baissa la tête.
-Quand tout le monde s’est détourné de vous et que vous n’avez fait que le mal autour de vous, c’est la seule chose à faire, non ?
-Tu crois que Santa serait venu si tu étais aussi mauvais que tu le prétends ? Oublie ça et dis nous plutôt ce qui te ferait plaisir.
-Vous êtes tellement beaux les mecs, tellement…bandants. J’ai jamais vu ça de ma vie.
-Tu es beau mâle toi aussi, fit l’ours. Montre-nous donc ça plus en détail.
Joignant le geste à la parole, il dénoua la ceinture de leur hôte et fit tomber la robe de chambre. Le gars était en effet bien masculin avec des formes généreuses. Un caleçon moulait avantageusement son paquet viril que le gaillard empoigna à pleines main.
-Ça doit être plein de bon jus ça. Tiens, Brenn, viens et montre à nôtre hôte que la vie est un bien précieux.
Le jeune homme sanglé de cuir se laissa tomber sur les genoux et s’agrippa au caleçon de toile qu’il baissa comme un affamé arrache l’emballage de sa nourriture. La pine du beau noir se déploya pour exhiber un gros gland en corolle. Il s’enfonça profondément dans la gorge du garçon. D’abord flaccide, il se gonfla en même temps que le reste du chibre dont la taille était non négligeable. Une bonne bite au goût de bite, des couilles qui remplissaient la main.
-Voila qui est mieux, commenta Nikki.
Les deux gaillards vinrent se placer de part et d’autre de leur hôte dont les bras pendaient le long du corps, le bassin tendu vers l’avant pour donner plus encore à sucer au jeune en cuir qui bandait sans aucune retenue. Le Santa prit la première main et la fit glisser dans son slip pour inviter le daddy noir à le palucher, l’ours tatoué fit de même de l’autre côté. Le maître de maison fut vite impressionné par le volume des pines déployées dans toute leur splendeur. La langue de son suceur commençait à produire des merveilles sur la sienne et il n’allait pas se contenter de ce premier plaisir.
-Je crois que ta belle queue serait encore plus à l’aise dans ce jeune cul accueillant, suggéra l’ours. Brenn qui avait entendu n’eut rien contre cette perspective. Dans son état second, il n’avait plus peur de rien, pas même d’un gros calibre.
Il encaissa les coups de boutoir de son hôte avec un réel plaisir, à quatre pattes sur un sofa couvert de soieries tandis que sa bouche recevait enfin la visite, à tour de rôle, des matraques de ses super héros.
-J’espère que tu aimes le sperme, mon grand, fit Nikki parce que notre hôte ne va pas tarder à t’en fourrer.
Agrippé au joli cul poilu de Brenn, le daddy black ahanait et commençait à montrer les signes avant-coureurs d’un orgasme qui promettait d’être généreux. Mais il se retenait parce qu’il avait envie d’autre chose, il ne voulait pas jouir tout de suite, pas déjà.
-Santa, dit-il entre deux souffles, c’est Noël… Offre-moi ton cul en cadeau.
Nikki sourit. Il était capable d’assouvir tous les fantasmes, il était programmé pour ça.
Il vint se placer à côté de Brenn, dans la même posture, son incendiaire slip rouge baissé juste sous les deux hémisphères de ses fesses parfaites. Ses lourdes burnes et son sexe hors normes dépassaient de l’autre côté. Le daddy se retira du cul délicieusement béant du jeune homme et, encore tout couvert de la discrète mousse générée par la barattage du jeune fion, il s’enfonça profondément en Nikki qui émit un grognement.
Le petit trou de Brenn, abandonné à la dernière limite, semblait toujours attendre la semence promise. C’est l’ours qui la lui offrit après l’avoir défoncé, en cadence coordonnée avec les mouvements amples du chibre de leur hôte.
Il ne s’était plus fait ensemencer ainsi depuis tellement longtemps… D’ailleurs, durant une fraction de seconde, il se demanda si cela lui était jamais arrivé. Ce sperme, il comptait bien le garder au plus profond de lui le plus longtemps possible. C’était, comme dans les légendes antiques, avoir la semence d’un demi-dieu en soi.
Le beau cul de Nikki débordait également. Le mâle noir y avait vraiment vidangé ses burnes au sens premier du terme et la façon dont le Santa se tenait donnait de lui une image de salope de toute beauté. Rien de vulgaire malgré les circonstances mais une concentration d’essence de mâle comme il est exceptionnel d’en voir dans une vie.
Brenn avait ressenti des sensations tellement puissantes qu’il ne songeait même plus à décharger sa liqueur. Elle était pourtant si concentrée qu’il croyait la sentir chauffer au fond de ses gonades.
Repu, l’hôte s’affala sur le divan tandis que le santa dépliait son corps sublime et que l’ours tatoué donnait sa queue à Brenn pour qu’il la lèche et en fasse disparaître les dernières perles de foutre.
-Tu vois que la vie a quand même un intérêt, fit remarquer Nikki.
Le daddy noir posa sur les trois garçons un regard plein de questions qui s’embrumait rapidement de sommeil.
-Vous êtes… Des dieux. C’est pas possible autrement… Vous… Vous venez… d’où ?
Et il s’endormit.
-Je suis fier de toi, Brenn, déclara le Santa satisfait. On vient de passer un super moment et tu as été à la hauteur de la mission.
L’ours acquiesça.
-Et en plus, tu as un cul sublime, ajouta-t-il en souriant.
-Nous devons partir maintenant. La nuit avance et il reste de la route à faire.
Juste avant de quitter les lieux, Nikki passa près de la table basse, fit un geste rapide de la main et l’arme disparut.
-Deux précautions valent mieux qu’une, dit-il.
Une fois les grilles passées et alors que le haut de ses cuisses étaient encore humides du nectar de l’ours, Brenn fit une remarque.
-J’ai un peu l’impression que nous avons sorti le grand jeu à ce gars-là alors que, pour le précédent, on s’était contenté d’entretenir ses fantasmes…
Le tatoué éclata d’un rire sonore.
-Tu as raison mon gars mais que veux tu, celui-là voulait quand même se flinguer. Ça méritait bien un effort supplémentaire. Je crois bien qu’on lui en a ôté l’envie pour un certain temps…
7.
-Nous partons pour les montagnes, indiqua l’ours en s’installant dans le fauteuil du poste de pilotage, toujours aussi nu et aussi viril.
Il plaça le casque radio sur ses oreilles, actionna diverses manettes sur le tableau de bord et au dessus de sa tête.
-PNC aux portes, mima-t-il sur le ton de la plaisanterie, armez les toboggans, vérification de la porte opposée, merci !
Nikki verrouilla la passerelle et alla s’installer et se ceinturer sur un siège à côté de Brenn. L’appareil quitta le sol rapidement après avoir roulé quelques centaines de mètres. Il traversa une couche de nuages que la lune éclairait. Au loin, l’horizon s’était fait plus clair et légèrement rosissant. La nuit toucherait à sa fin d’ici quelques heures.
Le bonnet toujours sur la tête, Nikki admirait aussi le spectacle et Brenn s’amusa de voir ce Père Noël fantasmatique ainsi assis et sanglé, loin de l’image du papy à la barbe blanche sur son traîneau avec son fidèle Rudolf au nez rouge. Le jeune homme était toujours plongé dans l’état second fait de sérénité et d’excitation latente qui était le sien de puis qu’il était monté dans cet avion. Le Santa affichait une perfection que même la génétique n’aurait pas pu obtenir au terme de milliers de manipulation. Il fallait qu’un magicien eût été là-dessous pour ainsi donner chair aux fantasmes de son créateur. Ce garçon devait être irréel, une sorte d’image en trois dimensions, comme un hologramme doté d’une certaine consistance. Il l’avait pourtant déjà touché, il avait même goûté à la massivité de son gros sexe.
Nikki était bien là, bien vivant.
Machinalement et sans préméditer son geste, Brenn posa sa main sur le haut de la cuisse du gaillard aux bottes rouges. Elle était à la fois musclée et douce.
-Toi, tu as besoin d’un câlin, murmura le Santa en tournant légèrement la tête. Son regard lui-même ressemblait à un rêve.
Brenn se détacha et vint s’asseoir à califourchon sur lui. Pour être plus à l’aise, il remonta l’accoudoir. Il posa sa joue contre les larges pectoraux de Nikki.
Il entendit des battements réguliers. Ce dieu avait bien un cœur d’humain.
Le Santa caressa un instant les cheveux et la barbe du jeune homme puis il laissa sa main descendre le long de son dos, passer la boucle du harnais et arriver aux lombaires. Là, ses doigts allèrent plus avant sur les poils qui recouvraient ses jolies fesses. Ils entrèrent dans une zone humide et glissante encore toute enfoutrée de la semence que le tatoué y avait abondamment déversée.
-Donne moi ta queue mon Santa, souffla Brenn, j’ai tellement envie…
D’un doigt, Nikki sortit sa matraque veinée déjà durcie au contact de la douce peau du garçon. Il frotta son gland volumineux contre sa raie mouillée de liqueur de mâle et pénétra doucement mais profondément le petit œillet élastique qui n’avait rien perdu de sa dilatation.
Brenn qui s’était légèrement redressé sentit bien que son fondement était investi par un calibre exceptionnel, un de ceux qu’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie, et encore. Il ne s’appartenait plus, montait et descendait progressivement sur le pal palpitant avec une amplitude de plus ne plus importante. Les muscles de ses cuisses tiraient sur leurs tendons et il bandait à tout rompre.
A son tour Nikki écrasa son visage sur le poitrail du jeune homme, juste au dessus de l’endroit où les deux lanières du harnais se croisaient. Il sentait le jeune corps souple l’enserrer, les muscles de son beau cul masser sa pine superbe. Donner du plaisir était sa raison d’être et bien que demi-dieu de fantasmes dont la naissance et la vie même n’avaient rien de rationnel, il n’était pas insensible à la portée sentimentale de l’acte d’amour. Posséder ce cul, c’était aussi honorer celui qui lui permettait d’accomplir sa mission, celui qui avait libéré son avatar le temps de ces heures chaque fois magiques.
Brenn, le gars des rues, celui qui avait tout perdu par amour, n’était plus le même homme. Après cette nuit, il serait à jamais différent.
L’ours qui sortit du poste de pilotage après avoir enclenché les commandes automatiques trouva ainsi ses deux compagnons faisant l’amour et la scène était d’une indescriptible beauté. Il s’approcha d’eux et caressa avec beaucoup de tendresse le cou du jeune homme. Il fit glisser entre ses lèvres son propre sexe tendu et vigoureux. Brenn le happa avec cette certitude que si dieu existait, il devait s’être au moins ce soir incarné dans ces deux gaillards-là. Son cul délicieusement investi et défoncé par le calibre de Nikki réclamait une nouvelle dose de semence de mâle. Dans un flash, il revit les jets abondants dont le Santa avait gratifié leur premier visité et il les désira avec force.
-Remplis-le, Nikki, dit l’ours d’une voix profondément bienveillante.
Le gaillard ahanait, son souffle plus court soulevait ses volumineux pectoraux plus souvent. Brenn en saisit les tétons épais pour les malaxer.
Alors, le demi-dieu s’enfonça avec plus de vigueur, arrachant un gémissement au garçon. Ses lourdes burnes remontèrent à plusieurs reprises tandis qu’elles injectaient le précieux nectar au plus profond de lui. Il fit encore plusieurs mouvements sur cette hampe totalement lubrifiée qui laissait échapper de lourdes gouttes de foutre coulant sur les couilles de reproducteur qui venaient de le libérer.
Le goût de cet être exceptionnel, Brenn voulait s’en imprégner pour ne jamais complètement le perdre. Il déplia ses jambes endolories, le sexe monumental quitta ses entrailles dans une belle coulée de semence qu’il se mit à lécher à quatre pattes sur la moquette de la cabine. Le gland de Nikki lui paraissait la plus merveilleuse des pâtisseries parfumée à l’essence absolue de mâle avec le fumet de son propre cul. Il n’en laissa pas un seul grumeau sous le regard satisfait et admirateur des deux splendeurs.
-Good boy, fit l’ours, tu es exceptionnel et là où nous allons, tu pourras offrir à ton tour le meilleur de tes couilles.
L’avion se posa sur la piste de ce qui ressemblait à un aéroport militaire qui était toutefois désert. Les lumières des lampadaires et des projecteurs, pourtant allumées, projetaient les ombres des jeeps soigneusement alignées mais personne ne s’affairait ni ne semblait monter la garde à cette heure avancée de la nuit.
-Ce lieu n’est qu’un décor, fit l’ours, une sorte de leurre pour les satellites espions. L’essentiel des activités a lieu ailleurs.
Les trois hommes cheminèrent un moment jusqu’à dépasser une haute clôture dont les grilles étaient ouvertes. Au-delà, il y avait une forêt et dans cette forêt, une vaste clairière.
Une rangée de tentes sombres s’organisait en ligne courbe autour d’un grand feu qui faisait penser à un bivouac. Trois silhouettes s’en détachaient, assises, dont les ombres ondulées dansaient sur le sol.
Une branche craqua et elles bondirent simultanément.
-Qui va là ? Fit l’une d’elles d’une belle voix rauque.
Nikki apparut le premier dans la lumière, suivi de près par ses compagnons.
-Du calme les gars, tout va bien. On vous rend juste une petite visite pour vous souhaiter une bonne nuit de Noël. Pas facile de la passer loin des siens.
La scène avait un côté complètement surréaliste qui aurait dû entraîner une réaction de méfiance de la part des trois sentinelles, mais c’eut été sans compter sur l’effet de philtre qu’opérait en elle la beauté des trois étrangers qui leur ôtait toute éventuelle velléité d’agressivité.
-Ben…Merci, c’est sympa, bredouilla même l’un des gars. Restez-pas là, il fait froid, venez près du feu…
Ils ouvraient quand même de grands yeux où se lisait, à la fois, l’incrédulité et le désir. Ces trois là devaient être tout ce qu’il y a de plus classiques avec l’épouse ou la copine dans la vie civile, mais leur bonne gueule de jeunes mâles lorgnant lourdement sur le généreux paquet du Santa et les belles queues de ses compagnons n’étaient pas si innocentes.
Tout le monde se rapprocha du foyer et on prit place sur des billes de bois à peine dégrossies sur lesquelles des couvertures étaient pliées. Il y eut un moment de silence ponctué par les bruits de la nuit claire et du crépitement du grand feu. Les gardes prirent progressivement conscience de l’étrangeté de la situation.
Le plus jeune d’entre eux avait visiblement une question qui lui brûlait les lèvres.
-Vous êtes qui ?
En guise de réponse, Nikki saisit une poignée de terre meuble à ses pieds et la jeta dans le foyer. Les flammes gagnèrent en puissance et montèrent plus haut encore, dessinant un gigantesque sapin incandescent avec ses décorations et son étoile au sommet.
Les sentinelles eurent un mouvement de recul, l’une d’elles fut même déstabilisée et s’appuya sur son arme pour ne pas tomber.
Les flammes se mirent ensuite à danser au pied de cet arbre infernal composant des formes masculines se livrant à toutes sortes de bacchanales extrêmement viriles. Puis l’ensemble explosa en gerbes d’étincelles avec l’éclatement d’une des grosses bûches.
-Wow ! Laissa tomber le garçon qui avait posé la question, admiratif. T’es le Père Noël, c’est ça ?
Brenn trouva le quidam un tantinet simplet, mais il était sensible à son charme brut de décoffrage. Les deux autres n’étaient pas désagréables non plus, on les sentait toutefois davantage sur la réserve.
-Disons que oui, répondit Nikki en passant le pouce sur son volumineux entrecuisse. Et je crois bien que mes copains adoreraient se faire bouffer le cul par de jeunes militaires.
Avec une telle entrée en matière sortie de la bouche d’un demi-dieu du sexe, impossible de résister bien longtemps. Enhardi par le plaisir qu’il avait déjà pris auparavant, Brenn fit son choix en désignant le garde qui avait parlé.
-D’ailleurs toi, je suis sûr que tu as un très beau cul.
Nikki sourit. Les deux autres sentinelles pressèrent leur camarade de passer à l’action.
-Ben vas y, Chad, montre ton cul ! Fit le plus âgé. D’habitude ça te pose pas de problème.
Il s’exécuta en se levant et en baissant d’un seul coup pantalon du treillis et slip. Un joli fessier musclé et rebondi apparut, Nikki le caressa au passage et son geste permit aussi de le rafraîchir en prémunissant Brenn contre les mauvaises surprises.
La langue du garçon s’enfonça bientôt entre les deux lobes offerts et entra en contact avec un petit œillet, serré au début, mais qui se montra assez rapidement élastique. Le garde ne devait pas en être à son coup d’essai. En tout cas, la caresse ne le laissait pas insensible. Penché en avant il se mit à gémir, ce qui eut pour effet d’exciter ses collègues qui reconnaissaient bien là ces témoignages de corps à corps qu’il avaient déjà pu partager tous les trois, de gré ou de force, nécessité faisant loi quand les filles manquaient.
-Vous devriez vous mettre à l’ais, proposa l’ours tatoué qui exhibait tranquillement sa belle pine déjà bien gonflée. C’est pas tous les jours que le Père Noël débarque dans votre camp.
Sans attendre que les militaires aient terminé de se dessaper, il en prit un par la nuque et glissa son membre entre ses lèvres. Nikki qui bandait sur commande fit de même avec l’autre, le plus âgé du groupe, impressionné par son improbable calibre.
Brenn qui gagnait en assurance, s’entendit ordonner à son partenaire :
-Fous-toi complètement à poil.
Chad s’exécuta et montra bientôt un corps musculeux, tatoué d’insignes et de devises solidement armé d’une belle bite de bonne taille. De son cul, Brenn passa à son membre et se mit à le pomper avec tout le talent dont il était capable, branlant régulièrement son propre sexe qu’il était bien décidé à enfoncer profondément dans plusieurs des mâles présents.
-Tu vois, Brenn, lança le Santa dont le braquemart investissait de plus en plus la gorge de son suceur, ce petit gars bien foutu sert de vide-couilles à presque tout son régiment. On le baise souvent sans lui demander son avis. Ce soir, il doit prendre sa revanche, voila pourquoi nous sommes-là. Nous lui apportons son cadeau.
Le voyageur du soir laissa la queue de la sentinelle sortir de sa bouche dans un filet de bave et il se redressa. Il déposa un baiser sur ses lèvres, chose que l’autre n’attendait pas du tout et lui murmura à l’oreille :
-Maintenant, c’est toi qui mène la danse. Tu vas me désigner celui de tes collègues que je vais piner, je te ferai le passage. Tu le niqueras grave parce que tu es un bon mâle.
Le garçon fit un signe de tête en direction du garde le plus âgé que Nikki gavait de sa bite. Un beau gabarit mûr, poilu, au fessier large.
-Vas y, mon gars, fit l’ours, encule-le, apprends-lui à jouir vraiment.
Surexcité par ces mots, Brenn balança un gros crachat sur la rondelle striée du garde et la fora sans brutalité mais avec détermination. Le militaire émit un râle et serra instinctivement son muscle anal ce qui décupla le plaisir du garçon.
-Allez, allez, encouragea Nikki, suce bien la bite du Père Noël, deviens un homme, un vrai.
Le garde devait dérouiller, mais il était dans un état second comme d’ailleurs ses deux camarades. Il n’y avait plus aucune barrière, plus aucun tabou. Lorsque son trou du cul fut devenu plus souple, au bout de plusieurs va et viens décidés, il sentit la queue de son limeur se retirer et fut tout aussi rapidement investi par celle du jeune militaire.
-C’est toi que je baise maintenant, grogna-t-il comme une libération. Putain, c’est toi qui seras maintenant ma salope !
Brenn s’enfonça ensuite dans le fondement du deuxième garde, extrêmement doux et sensuel. Une image lui traversa l’esprit et il se revit posséder son copain Tark, celui pour lequel il avait tout quitté et qu’il l’avait laissé tomber. Quelque chose à l’évocation de ce souvenir, à nouveau, aurait alors pu bousculer son cœur et ces sens mais il n’en fut rien. Cette réminiscence, au contraire, fit monter du plus profond de ses burnes le flot bouillant de sa semence trop longtemps contenue et qu’il ne pouvait pas endiguer.
Il ouvrit grand la bouche en fixant le regard plein de bonté de l’ours tatoué qui se faisait sucer.
-Je tiens plus ! Je vais jouir.
-Décharge mon beau, te retiens pas, lui dit-il.
Et il remplit le cul du militaire à l’en faire déborder. Les muscles de son périnée se contractaient comme s’ils tiraient des salves d’obus. Les ultimes jets se déversèrent sur son dos, alors que l’esprit du garde était perdu au royaume du stupre.
Le jeune Chad ne tarda pas à faire de même. Il se crispa, gueula un peu plus fort et se répandit dans les entrailles de celui qui l’avait si souvent soumis et possédé.
Le feu se mit à crépiter de plus belle, comme si la clairière elle-même était satisfaite du spectacle. Brenn et le jeune militaire se sourirent, complices. Leurs queues encore bien raides étaient couvertes de foutre.
-Et si les gardiens qui viennent de se faire ensemencer goûtaient au nectar de nos deux jeunes ? Proposa Nikki, l’air de rien.
-Moi je dirais que c’est une bonne idée, confirma l’ours en sortant son sexe de la bouche de son suceur.
Brenn passa son bras autour de la taille du jeune militaire et lui donna un baiser tandis que les deux autres sentinelles, à quatre pattes passaient goulûment du membre de l’un à celui de l’autre et que leurs langues en aspiraient la moindre goutte persistante.
-Très beau spectacle, fit le Santa satisfait à l’adresse des deux militaires. Mais c’est Noël pour tout le monde et je ne veux pas partir d’ici sans que vous ayez aussi vidé vos grosses couilles. Que peut-on faire pour vous ?
Le plus âgé n’eut aucune hésitation :
-Je veux que tu me casses le cul avec ton énorme bite !
-Et moi, je veux que le tatoué m’engrosse comme une femelle.
Les deux gardes en prirent donc pour leur grade et pendant que les gaillards les fourraient comme seuls les mâles à la virilité naturelle et assumée savent le faire, Brenn lima longuement Chad qui recherchait autant la tendresse que le sexe. Entre deux baisers, il le nourrit d’un nouveau flux de sperme et prit le temps de caresser son corps qui n’avait pas dû bien souvent connaître ce genre de traitement.
En plus de la douceur de la nuit, des parfums de la forêt et de ceux du bois brûlé, l’air transportait aussi une imperceptible fragrance de liqueurs de mâle. Repus de sperme et de coups de reins, les trois militaires ne tardèrent pas à sombrer dans un profond sommeil.
L’ours saisit deux bûches qu’il jeta dans le feu afin qu’il perdure encore une heure ou deux. Nikki regarda les gardes une dernière fois et donna le signal du départ.
-Ils ne risquent pas d’avoir des problèmes si on les trouve comme ça ? S’inquiéta Brenn en chemin. Il pensait surtout au plus jeune d’entre eux qui avait eu cette nuit sa victoire.
-Ne t’en fais pas mon grand, répondit le Santa, tout ira bien.
Avant de monter dans l’avion, l’ours qui fermait la marche posa ses deux grosses mains sur les épaules cuirassées de Brenn, lui imprimant un léger mouvement afin qu’il se retourne.
-Tiens, regarde.
Derrière la masse encore sombre que traçait la forêt à l’horizon se levait comme une vague, à la fois rose et dorée dessinée par les crêtes des montagnes qui bordaient au loin le paysage.
Le jour arrivait.
8.
Le soleil d’altitude, au dessus des nuages, laissait entrer ses rayons par gerbes entières par les hublots du jet et les ombres se déplaçaient progressivement.
Une fois le pilote automatique à nouveau enclenché, l’ours rejoignit Nikki et Brenn dans la cabine. Ses tatouages commençaient à s’estomper.
-Il s’effaceront complètement au cours de cette journée, expliqua-t-il au jeune homme, parce que notre mission touche à sa fin. Je suis très fier de toi, Brenn. Tu as été digne de faire partie de notre équipage nocturne.
Le Santa acquiesça avec un grand sourire.
-Il faut songer à présent au retour, dit-il. Tu dois être prêt pour notre arrivée.
Il se leva de son siège et invita le jeune homme à le faire également. Son corps était encore humide et poisseux des nombreux plaisirs de la nuit. Il se serait volontiers mis sous le pommeau d’une douche mais l’appareil n’en disposait pas.
Nikki lui ôta une à une toutes les pièces de son costume et les passa au gaillard qui les empila sur ses bras, puis il fit apparaître sur la paume de ses mains une sorte de gel très frais aux fragrances discrètes dont il recouvrit la peau de Brenn comme un père savonne son petit avec soin et précaution. Le garçon se sentit immédiatement propre, de la même façon que s’il était sorti d’un hammam. Nikki l’enveloppa ensuite dans une grande serviette chaude qu’il sortit du néant. Il le frictionna afin de le sécher.
-Santa prend soin de ceux qui l’accompagnent, commenta-t-il.
Brenn avait abandonné ses vêtements sur la moquette de l’appareil quand il avait été vêtu par ses compagnons. Il allait les reprendre lorsque Nikki posa la main sur son bras.
-Santa prend soin de ceux qui l’accompagnent, je le répète. Ces vêtements sont ceux de ta vie d’avant, oublie-les.
L’ours qui avait déposé les spalières et le harnais de cuir tendit à Brenn un cintre sur lequel pendait un élégant costume de ville à la coupe moderne et décontractée.
-Voilà qui sied mieux à un jour de Noël, fit le Santa, satisfait.
Brenn s’habilla tranquillement. Il ne pensait pas, il n’en était pas vraiment capable. Trop d’émotions, trop de sensations et cette impression d’être en effet différent. Il passa la main sur son menton, sa barbe était toujours là. Disparaîtrait-elle comme les tatouages de l’ours au fil de la journée ?
Lorsqu’il fut entièrement vêtu, des chaussures neuves aux pieds, Nikki fit glisser un panneau derrière l’écran plat de télévision fixé sur une paroi de la cabine. Un miroir.
Brenn se vit pour la première fois depuis longtemps et il eut du mal à se reconnaître. C’était pourtant bien lui. Le même regard, le même visage mais avec quelque chose en plus. Peut être davantage de maturité ? Il ne sut le dire.
Dans les contes, en tout cas, le héros est toujours transformé à la fin, d’une façon ou d’une autre. Brenn l’était à son tour.
Lorsque l’avion se posa sur la piste de l’aéroport d’où il était parti au début de la nuit, le jour remplissait la totalité du ciel. L’ours avait retrouvé son habit civil, à nouveau noué sa cravate et remis son casque radio sur les oreilles. Seul Nikki avait gardé sa tenue fantasmatique. Là où il allait pour une nouvelle année, il n’en avait pas besoin d’autre.
L’appareil s’immobilisa sur le tarmac et sa porte passerelle descendit lentement, déployant ses marches encastrées.
Au moment de saisir son sac par la bretelle, seul témoignage de sa vie passée, il ressentit un très léger pincement au cœur. Le parfum apaisant qui baignait son cerveau depuis des heures ne ferait plus effet bien longtemps.
Les trois hommes se retrouvèrent une ultime fois dans la cabine. Brenn brisa le silence des départs qui s’installait.
-Je voudrais vous poser une question.
-Nous t’écoutons, fit posément l’ours gaillard.
-Tu n’as pas voulu me dire où tu vivais le reste de l’année Nikki, mais peux-tu au moins me dire qui t’a créé ? Cet homme est-il toujours vivant ?
Le Santa demeura silencieux. Ils lui posaient quasiment tous cette même question à un moment où un autre, chaque année. Ça n’était pas à lui d’y répondre.
Le daddy cravaté le fit à sa place. Comme à chaque fois.
-Oui, cet homme est bien vivant. Il s’appelle Romrick, et tu le connais. C’est moi.
Brenn se doutait vaguement que parmi toutes les choses étranges qu’il avait vécues dans cette folle nuit, il y en avait une encore plus mystérieuse. Il avait d’abord pris le daddy pour un simple messager du Santa puis pour son homme de main. Mais il avait bien observé la grande complicité entre ces deux personnages, elle dépassait une simple relation professionnelle ou de subordination. C’était plus fort et beaucoup plus complice.
-Tu ne dois pas en savoir plus cependant, continua-t-il. Maintenant mon grand, il faut partir.
Il attira le garçon contre lui, contre son poitrail sous la chemise et caressa un instant sa tête. Son parfum musqué demeurait aussi puissant et traversait l’étoffe. Romrick déposa un long baiser sur ses lèvres avant de desserrer son étreinte.
Alors, Nikki passa à son tour ses gros bras autour de lui et l’enveloppa dans un élan naturel qui trahissait, sous l’image de la bête sensuelle et sexuelle qu’il était, la profonde bonté dont son créateur l’avait gratifié en lui donnant la vie.
-Ne sois pas triste, Brenn. Tu dois continuer ta route. Deux choses ont été accomplies pour toi. En bas de cette passerelle, il y a quelqu’un qui t’attend. Parles avec lui, pars avec lui et retournez ensemble chez tes parents. Avant la tombée du jour, c’est important. Sonne à leur porte et laisse faire. Tu ne dois plus te retrouver à la rue parce que là n’est pas ta place, comme elle ne l’est d’ailleurs pour personne.
Son ultime baiser fut à la fois gourmand et rassurant.
-N’oublie pas que le Père Noël existe bien pour tous ceux qui pensent que tout n’est pas toujours explicable et que l’essentiel n’est pas dans ce que l’on voit.
Sur la dernière marche de la passerelle, Brenn eut la tentation de se retourner. Il n’en fit rien et, à peine le pied fut il posé sur le tarmac, que la réalité du monde s’insinua à nouveau dans ses veine et dans sa tête.
Une silhouette venant de loin approchait à grands pas. Brenn la reconnut et courut vers elle.
-Tark, oh Tark !
Il laissa tomber son sac à terre. Les deux jeunes hommes s’enlacèrent, les fronts se posèrent l’un contre l’autre, les regards se firent plus humides, les mains montèrent sur les nuques et le nouveau baiser qui s’ensuivit fut digne des plus beaux contes de fées.
-Je t’attendais. J’ai tellement de choses à te dire… Un grand gaillard en costume et caban avec un bonnet de docker est venu me trouver hier et m’a indiqué que tu serais ici ce jour de Noël… Toute la nuit j’ai eu peur de te rater.
-Je descends de l’avion qui est derrière moi, expliqua Brenn.
-Quel avion?
Il se retourna et ne vit que la piste vide. L’aéronef avait dû redécoller ou regagner son hangar. Mais de hangar, il n’y avait plus non plus. D’ailleurs, ses souvenirs se faisaient de plus en plus flous et imprécis. Au fait, pourquoi était-il dans cet avion ?
Il eut un geste vague de la main.
-Pas grave. Il faut juste qu’on soit chez mes parents avant ce soir.
-Tes parents ? Fit Tark, inquiet.
-Oui, quelque chose me dit qu’ils nous attendent.
*
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SIDA et nous
Ce premier jour de décembre et devenu, depuis de nombreuses années -trop nombreuses, hélas- celui durant lequel les médias se focalisent sur le SIDA. Chiffres, estimations perspectives, alarmes ou espoirs, tout y passe à la façon d'une piqûre de rappel qui donne parfois un peu trop dans le pathos là où la nécessaire prise de conscience des dangers bien réels demanderait un peu plus de pédagogie.
Cette journée reste l'occasion de rappeler quelques points qui, souvent, se perdent dans la masse des infomations égrénées.
-Si on meurt beaucoup moins du SIDA de nos jours qu'il y a 30 ans dans les pays développés, c'est loin d'être le cas dans le reste du monde. Les raisons?
1.la difficulté de l'accès aux soins réguliers (éloignement, coût des traitements) 2.les barrières culturelles et psychologiques (maladie de la honte etc...) 3.la politique des laboratoires qui vendent à prix d'or les molécules au prétexte que la recherche coûte cher.
-Il y a le SIDA, oui, mais il y a aussi et surtout quantité d'autres MST et IST aux gravités variables. La recrudescence de la syphillis est un paramètre inquiétant. Le VIH ne doit donc pas masquer une réalité plus diverse aux conséquences également dramatiques.
-Aussi efficaces qu'ils soient, les traitements actuels impliquent toujours des effets secondaires divers qui sont loin d'être agréables. Et les témoignages en la matière sont nombreux: il est donc illusoire -crétin même- de prétendre que tout va bien car des médicaments existent.
-Faire de la prophyllaxie une religion avec parfois ses fanatiques, n'est pas efficace si elle ne s'accompagne pas de pédagogie ni d'une profonde réflexion sur la façon de vivre et de concevoir sa sexualité personnelle. Tant que les jeunes hétérosexuels penseront que le Sida c'est "une affaire de pédés" ou que le sexe se consommera à la sauvette dans des caves, des buissons ou autres lieux aquatiques en côtoyant la prise d'alcool, de stupéfiants, il y a peu de chances que le nombre des contaminations au MST-IST diminue.
Il ne s'agit pas de jouer au père-la-morale puisque chacun demeure libre de gérer son parcours comme il le souhaite, juste de rappeler que chaque acte personnel entraîne une responsabilité pour la société. Il ne suffit pas de dire qu'un homme averti en vaut deux pour passer à autre chose car chaque nouvelle infection témoigne d'un échec: de la prophyllaxie d'abord et de la responsabilisation ensuite.
-Comme on ne peut lutter contre les faiblesses humaines -l'excès de confiance en est une- ni contre le désir, voire le besoin, d'une sexualité plus naturelle, plus instictive, il faut continuer à rechercher et promouvoir les moyens qui puissent permettre de trouver l'équilibre entre la protection et les aspirations de chacun. Ca n'est pas, par exemple, en accusant les productions X bareback de tous les maux qu'on répond à cette problématique. Si elles se multiplient c'est bien parce qu'il y a une demande. Là où le procédé est choquant, c'est dans son aspect business. Je ne suis pas certains que les jeunes minet du Brésil ou d'Europe de l'Est qui se pilonnent et se nourrissent gaillardement soient vraiment informés des risques ni, eux-mêmes protégés...
-Le dépistage demeure encore aujourd'hui une démarche contraignante. Or, moins il y a de contraintes et plus un acte devient banal et naturel. Alors, il est vrai qu'il peut-y avoir des dérives consuméristes mais c'est un risque à prendre. Généraliser l'usage de testeurs jetables disponibles facilement en pharmacie et mette au point un traitement de sécurité qui permette après une prise de risque d'allonger le délai disponible avant de consulter un médecin. Actuellement la dead-line de 48h peut psychologiquement agir comme un repoussoir, l'urgence qui ne donne pas le temps de la réflexion est aussi contre-productive: on se persuade comme on peu que la contamination c'est pour les autres.
Plus de 30 ans de SIDA, c'est comme une épée au dessus de la tête de chacun et personne n'est à l'abri qu'elle se détache un jour avant que le bouclier des traitements soit définitivement au point. Et cela concerne également les abstinents car le sexe n'est pas la seule porte d'entrée... Se dire "ce risque ne me concerne pas" est à la fois idiot et humainement contestable.
Ce qui sauve les individus touchés ou ceux qui ont déclaré la maladie c'est avant tout le regard que la société doit poser sur eux: un regard sans jugement. Or, cela n'est toujours pas acquis. La peur justifie tous les écarts et nous rappelle combien notre psychologie est imparfaite.
Pourtant, même la denière des traînées, masculine ou féminine "plombée" jusqu'aux yeux par sa faute a le droit à ma considération parce qu'il n'est pas dans le destin d'un Homme de mourir dans les souffrances et la décrépitude.

