17 juin 2008
L'Oise et les Fleurs de feu
Il est grand temps que je me décide à investir dans un appareil photo plus récent. Le mien commence en effet à donner des signes de faiblesse et être à l'origine de problèmes techniques.
J'ai ainsi perdu une très belle série de photos faites le week end dernier avec Chris et Philippe dans leur maison de l'Oise, série qui devait servir, notamment, de base à un nouveau pastiche pour les DFB. Un problème technique très mystérieux qui me plonge dans la plus grande des perplexité, je dois dire. Nous serons donc bons pour les refaire, sans doute au mois de juillet.
Elles n'en seront que meilleures!
J'ai assisté samedi soir dernier à ce qui est sans doute l'un des plus beaux spectacles qu'il m'ait été donné de voir: le concours international des Nuits de feu de Chantilly. Tous les deux ans, des artificiers venus d'horizons très différents s'affrontent à grand renfort de poudre, de tonnerre et de musique sur des thèmes en partie imposés pour offrir de véritables tableaux de maîtres au rythmes parfaits -quoique parfois assez étonnants- et à la technique hallucinante.

Les "fleurs de feu" comme les nomment les japonais répandent dans les anciens marais du domaine de Chantilly une épaisse fumée sur laquelle, cette année, les organisateurs ont eu l'excellente idée de faire donner un concert de rayons laser. L'odeur de poudre, pour une fois, ne s'accompagnait pas de celle du sang, comme jadis sur les champs de batailles du Grand Condé et de ses descendants.
Je dois cette découverte à Greg (dont les belles photos illustrent cette note), mon grand, grand ami-ours de coeur, amoureux fervent de ces fleurs de feu qui eut, un jour, la bonne idée de m'offrir une entrée. J'ai été vraiment très heureux de partager ce moment avec lui et tous les amis réunis autour de nous. Dans cette période un peu difficile pour lui, c'était important de pouvoir ainsi le vivre.

Quand je me retrouve là-bas dans l'Oise, dans cette campagne forestière où j'ai déjà tant de bons souvenirs de moments uniques et précieux, de franches rigolades sans tabous ni faux-semblants, de mémorables repas et soirées sainement arrosées, de belles créations aussi, le temps ne s'écoule plus de la même manière. A la fois rapide et serein, avec ce je ne sais quoi de particulier qui tient à la personnalité des maîtres des lieux. Des Ours, des vrais, avec tout ce que le terme a de meilleur, de fiable et prometteur en lui.
Là, les choses du monde peuvent passer, elles n'ont plus vraiment d'importance même si elles alimentent nos conversations. Les Irlandais qui boudent l'Europe en oubliant un peu trop vite tout ce qu'ils lui doivent (mais la faute incombe aux politiques qui ne savent décidément ni convaincre ni diriger...La saine démocratie passe aussi parfois par des choix à imposer et le peuple n'est pas forcément toujours bien éclairé pour voir au delà du bout de son nez) ou les déboires des incompétents milliardaires au ballon rond... Tout cela passe au dessus de cette jolie maison et de sa pisine où j'aime à me prélasser.
Il y a quelques jours, j'ai eu l'occasion de réaliser quelques très belles photos -belles dans le sens "chargées en émotions positives", je ne suis pas non plus le génie de l'objectif numérique!- de l'ami Alex. Le garçon, en plus d'être un très joli bébé, pour faire dans l'euphémisme, est aussi une personne que j'aime décidément beaucoup, beaucoup... Je crois qu'on le sentira dans les clichés dont certains seront exposés dès la première occasion.

04 juin 2008
Euro Bear XXII

Il est vrai qu'avec pareille couverture -le splendide Alex Baressi- je ne pouvais rêver mieux comme premier pas dans l'espace Bear européen.
C'est dans ce numéro de mars 2008 de la revue (complètement décomplexée!) des ours allemands que deux pages sont consacrées à mon travail... Où plutôt à celui de "Quaherabear" avec un U après le Q s'il vous plaît :-)! Je sens qu'il sera difficile de faire comprendre cette petite finesse de la langue arabe à mes contemporains... Un Q tout seul...Mais est-ce possible?
Qu'importe! Je suis tellement honoré par cette publication et par la gentillesse des garçons qui en sont à l'origine, Tom et Stefan. Je ne les connais que par mails interposés, mais ils ont honoré leur engagement de publier quelques photos avec un texte initialement en anglais (merci à toi Titi pour sa traduction) passé en allemand pour la circonstance. Drôle d'impression, au passage, que celle de lire sa biographie dans la langue de Goethe!
Autre motif de satisfaction, dans ce même numéro, une page rappelle le succès de la dernière exposition de mon ami Guy Thomas a qui je dois de figurer dans la revue pour avoir parlé de moi au moment judicieux et aux bonnes personnes.
Je n'oublie pas ce que je dois à ceux qui m'ont donné -et contiuent de le faire d'ailleurs- de bons coups de pouce. Mes petites réussites ajoutent aussi à leurs grandes.
22 mai 2008
Il y aura toujours un monde...

Le "fight" désigne un déchaînement de violence opposant deux bandes de supporters cagoulés à la sortie de stades lors des grands -ou moins grands- matches de football. Il s'agit pour ces groupes d'user de la violence la plus primitive pour assurer une domination sur l'adversaire et lui faire payer l'éventuelle défaite de son équipe sur le terrain. Défaite vécue comme une humiliation.
Cette tendance n'est pas nouvelle puisque à l'époque byzantine déjà, ces mouvements incontrôlés sévissaient déjà autour des fameuses courses de chars opposant les différentes classes sociales de Contstantinople: les Verts contre les Bleus, les Blancs contre les Rouges... A l'époque déjà, de nombreuses crises politiques autour du pouvoir impérial si difficile à conserver durablement s'étaient nouées lors de ces affrontements (la sédition Nikè par exemple...).
Aujourd'hui, ce qui a changé c'est que la simple existence de ce type de réaction peut-être considérée comme un formidable recul humain et civilisationnel. Elle démontre -s'il fallait encore le faire- que l'homme de base n'a guère progressé dans son fonctionnement primaire. La violence est pour lui un instinct, un mode de vie.
Dans ces bandes d'excités, on trouve énormément d'hommes plutôt jeunes. Car, en plus de fonctionner sur cet instinct, le "fight" est profondément réducteur: un univers pesque exclusivement masculin où chaque individu se sentant plus fort, du fait de la masse, se voit obligé de prouver aussi une forme de bravoure personnelle. Le groupe sert donc d'exutoire, non plus pour la création mais pour la destruction, la sanction.
Tabassages, jets de pierres, bris de glaces etc... L'aspect explosif d'une humanité toujours au bord de la crise pour laquelle la prise de risques est seule source d'adrénaline.
En parallèle, un autre comportement qui en dit long, une autre forme de violence: le rodéo routier. Il consiste à utiliser un véhicule comme un instrument de puissance dont on aurait laissé une partie des rênes au hasard. Vitesse excessive, alcool au volent, prise de routes en contresens...Autant d'éléments qui s'organisent à la façon d'une roulette russe dans laquelle la violence est retournée contre soi-même.
De la mort, on s'en fout! On la provoque pour ressentir l'ivresse du risque et d'une forme de puissance.
Là encore, le public concerné est essentiellement masculin. Etrange? Non, logique.
Le garçon des sociétés occidentales (en particulier) est toujours élevé dans le mythe du mâle. Les valeurs que la société posent immédiatement sur sa tête dès son plus jeune âge tournent autour d'aspects très basiques, à la limite de considérations "vétérinaires": un vrai mec c'est couillu, ça ne pleure pas, ça a des "potes", ça drague à qui mieux-mieux. Ca tient l'alcool aussi, ça aime le football et les voitures. Un homme, un vrai doit vouloir être policier ou pompier quand il est petit...
Au XXIème siècle nous sommes toujours dans ce schéma. Pourtant la société, elle, a évolué...Et depuis beaucoup plus longtemps qu'il n'y paraît. Les femmes s'affranchissent, revendiquent leurs spécificités tout en s'attribuant certains des codes qui semblaient réservés aux hommes (cela va du pantalon au commandement de corps militaires). L'histoire a davantage mis en avant les créations de l'esprit, que ce soit dans les sciences ou les arts. Des catégories de gens aux traits moins simplistes et basiques ont conquis plus de visibilité (les gays par exemple). Il y a comme un hiatus désormais entre cette société-là et les valeurs primaires, immémoriales de l'individu.
On me dira que cette opposition a toujours été. Cela est vrai, à la seule différence que dans les temps anciens, tous les originaux étaient irrémédiablement passés à la moulinette de la société classique: les femmes qui pensaient trop finissaient au couvent etc... Il y avait un modèle validé, point. Les autres se bornaient au folklore.
Notre jeune homme primaire actuel se retrouve dans la délicate situation où ses vertus "sexuées" initiales ne suffisent plus. Si le sfemmes restent charmées -quoi qu'elles en disent- par un gaillard puissant, un peu rustre qui saît révéler les pulsions qui sont en elles, elles les préfèrent désormais avec une bonne dose de culture et de sensibilité. Alors, quand son éducation, ses modèles ont été trop basiques, il ne reste plus que la violence et le tour de force souvent crétin pour tenter de prouver sa valeur. D'abord à soi-même, ensuite aux autres.
Moi qui observe, du fait de mon métier, des jeunes adultes régulièrement, je suis toujours interpellé par cette sorte de crainte ambiguë que les garçons de ces groupes parfois primaires entretiennent par rapport à leur sexualité. Tout geste, toute parole est disséqué pour traquer dedans ce qui pourrait faire passer tel ou tel pour "un pédé", y compris dans les situations les plus anodines. On sent bien que ces garçons se cherchent encore et qu'ils ont une peur irraisonnée de laisser leur nature complexe, leurs sentiments s'exprimer pleinement dans toute la palette de leurs nuances.
Et comme souvent ils n'ont pas suffisemment d'esprit, de répartie, de vocabulaire même pour conceptualiser ce qu'ils vivent et donc le relativiser, ils y répondent par la violence: alors on insulte celui qui est différent, on se sent toujours piqué dans son honneur (quel honneur? qu'est ce que cela signifie au juste?), on "casse du pédé" parce que ce dernier représente ce fameux côté possible qu'on veut tenir loin de soi.
Les pouvoir publics auront beau vouloir dénoncer et sanctionner la violence gratuite et l'incivilité routière -pour ne pas parler de barbarie d'ailleurs-, ils ne parviendront à rien tant que le coeur du problème ne sera pas traité. Et ce coeur il rédide dans l'éducation.
Pas uniquement celle transmise par les parents, non, mais aussi dans celle véhiculée par la société elle-même. Tant que l'on considèrera qu'aller crier des insanités dans des gradins de stades est gentillet, que prendre une cuite fait partie de l'apprentissage de la "vie d'homme" on ne sortira pas de cette logique.
L'homme, le vrai mâle est celui qui est capable de débiter des arbres, de lever des pierres pour bâtir sa maison et de pleurer en regardant les étoiles. Il y aura toujours un monde entre cet homme-là et les primaires qui peuplent majoritairement la surface du globe.
13 mai 2008
Work in progress
Cette expression anglaise est idéale pour noter ici - et je tenterai de m'y tenir régulièrement- les travaux créatifs (photos et dessins) du moment "sur le feu". Ces jalons sont autant destinés aux personnes qui me font l'honneur de leur visite en ces pages qu' à moi-même, à la façon d'une trace virtuelle déposée dans la totale irréalité de la Toile.
De mon dernier séjour à Paris et dans l'Oise, je rapporte une série de photos faite avec Edouard, un bien joli nours fort sympathique et attachant et une autre, avec mes fidèles Chris et Philippe jouant aux naïades dans leur piscine.
Les DFB n'ont pas été oubliés puisque nous en avons profité pour parodier les frasques d'une célèbre héritière...
Côté dessins, mon Cub de Toulouse est toujours en phase de colorisation (la plus longue). Aerius, l'allégorie de l'Air, est achevé au niveau du tracé de base. Dieu que je travaille lentement!

"Edouard à l'épée" HQB

"In swiming pool with..." HQB
27 avril 2008
Ca commence comme dans un film...
Imaginez la trame suivante.
Un homme d'une quarantaine d'années, vendeur chez un grand disquaire. Un garçon compétent qui connaît son métier et apparaît parfaitement intégré dans son entreprise. Le profil décontracté qui cache cependant une certaine nervosité.
On pourrait s'en rendre compte dès les premiers plans. Il y a du monde dans cette boutique, beaucoup de choses à gérer dans l'urgence à certaines heures, tandis qu'à d'autre tout est calme, trop calme même.
Et puis il y a l'enchaînement qui se met en branle. Partant d'un tout petit rien au départ, d'un détail nsignifiant. Mais on sent qu'il va se passer quelque chose.
Notre homme réceptionne un carton de disques. Dans le feu de l'action, on voit le livreur consulter son listing et repartir avec sous le bras. Parmi ces nouveau albums que le vendeur recoit régulièrement à la façon de spécimens qui lui sont offerts par les éditeurs comme échantillonnage en figurent quelques-uns qui ont retenu sa curiosité. Il les place dans son sac, comme il l'a toujours fait.
Jusqu'ici, rien de vraiment palpitant. Ce sont souvent dans ces actes du quotidiens qui semblent si bien rôdés que le grain de sable se loge...Celui soufflé par la destinée comme la pomme jetée jadis par la Discorde sur la table des déesses.
Le sable là, c'est le portique à la sortie du magasin. Il se met à siffler, agressif et répétitif, dès que le vendeur le passe quelques heures plus tard au moment de finir son service.
Surprise... On voit qu'il songe immédiatement aux disques et qu'il doit se dire que l'éditeur aurait dû désactiver la protection antivol de ses échantillons. Mais il n'a pas le temps d'aller plus loin que deux vigiles l'encadrent et lui font signe de les suivre.
Ces vigiles, ils les connaît pourtant bien, ils travaillent depuis un moment pour l'entreprise. Ils n'ont pourtant pas l'air commodes...sans doute ne l'ont-il pas reconnu.
Nous, nous comprenons vite qu'il y a un couac. Quelque-chose qui vient de basculer. Notre héros ordinaire est brusquement traité comme un voleur. Tout s'enchaîne: la police intervient, le ton monte. Il se récrie, dit qui il est. Rien à faire. On se braque. On fait même appel au listing aperçu au début. Si les disques avaient fait partie d'un échantillonnage, le bon de livraison aurait dû porter la signature du vendeur. Or elle en est absente.
Les rouages se grippent d'un côté tandis que, de l'autre, la machine s'emballe dans une atmosphère lourde de suspicion. Notre vendeur présente progressivement tous les signes de l'homme qui perd son sang froid. On le devine perdu. Il baffouille et adopte un attitude hésitante qui ne plaide pas en sa faveur. Le piège se referme.
En fait, le terme piège n'est peut-être pas le plus adéquat parce qu'à ce stade de la dramatique, on en sait pas encore si tout cela a été orchestré ou si on a simplement profité d'une erreur pour lancer une procédure qui semblait étrangement prête...
Cette entame, mise entre des mains talentueuses, pourrait déboucher sur un scénario passionnant... Malheureusement, ce que je décris là n'a rien de fictif. C'est le début du récit des épreuves qu'est en train de traverser un ami, ici à Lille. Quand on m'en a fait état, j'ai eu du mal à y croire tant cela me faisait précidément penser à un scénario. Pourtant, tout est bien réel. D'autant plus véritable que cet ami a perdu son poste, limogé de manière aussi pressée que tordue. La faute lourde ayant été mise en avant, il se trouve privé d'indemnités qui, vue son ancienneté, auraient été conséquentes.
Il convient de préciser qu'à peine quelques mois auparavant, il avait été distingué par le siège de son enseigne (quatre lettres "agitatrices de curiosité" depuis les années 1950) comme meilleur vendeur de sa région. Sans parler des nombreuses relations professionnelles qu'il entretenait avec le monde du spectacle local.
Difficile de ne pas penser à une machination. Pourtant, cela laisserait entendre qu'on l'a poussé à la faute, que le grain de sable de la signature absente aurait été orchestré, que des risques auraint été pris pour accélerer les choses... Difficile à prouver. En revanche, ce qui paraît plus plausible c'est que ce "faux pas" administratif -sans réelle portée en temps normal- ait été monté en épingle afin de servir de prétexte. En d'autre termes, il fallait trouver le moyen de torpiller une carrière au bon moment et tout autre chose eût aussi fait l'affaire.
L'hypothèse est d'autant plus troublante que cet épisode intervient dans un contexte où l'enseigne a déjà été dénoncée pour procéder généralement de manière assez expéditive avec ses employés, fussent-ils de qualité.
Et si l'arbre tentait de cacher une forêt assez désespérante? Des problèmes économiques, un rachat envisagé?
Dans un mode hypocrite où les sourires et les mains posées sur les coeurs cachent des rouleaux compresseurs, cela ne m'étonnerait pas.
Et notre héros ordinaire dans tout ça? Il a été brisé mais il a décidé de se défendre. Un avocat le seconde désormais, la télévision locale s'est faite l'écho de son histoire et, surtout, il peut compter sur un réseau d'amis et de professionnels du spectacle, de la musique qui ne doutent pas une seconde, comme moi-même de son honnêteté.
Car en plus d'être profondément humain, Dominique possède cette grande qualité, il est foncièrement honnête.
Adresse du comité de soutien: http://www.soutiendoaria.info/
14 avril 2008
Chômage
A 34 ans, j'ai déjà connu plus de deux années de chômage comme d'autres ont connu une guerre. Le chômage c'est la guerre. Ou plutôt une guerilla car, comme elle, c'est un phénomène insidieux dont les dangers son présents au quotidien sans forcément être visibles. Ils se tapissent dans l'ombre.
A l'heure où le gouvernement va une énième fois dresser les gens les uns contre les autres en stigmatisant le méchant chômeur profiteur du système -alors que celui-ci ne représente qu'une toute petite partie du problème- je tremble à nouveau.
Parce que ma situation professionnelle actuelle, comme celle de milliers de gens dans ce pays ne tient qu'au fil d'une certaine forme de précarité. Parce que demain je pourrai être montré du doigt comme celui qui ne veut pas s'en sortir en acceptant tout et n'importe quoi pour un salaire encore plus bas que celui que je touche actuellement... Parce qu'enfin le peu de rêve qui demeurait au fond de ma tête part progressivement en fumée pour laisser la place à un pessimisme d'ensemble de plus en plus envahissant.
Quand on n'a pas de travail on est socialement mort. Même en France. On ne dort jamais tranquillement. La sonnerie du téléphone est source d'angoisses comme certaines adresses internet... Assedic, Anpe, Missions locales. Les bonnes intentions peuvent être pavées de l'enfer du regard de l'autre, de petits mots insidieux qui, en d'autres circonstances n'auraient pas prêté à la moindre attention mais qui, là, agissent comme des dards.
Vous vous éparpillez dans vos recherches... Nous signerons ensemble un contrat de retour à l'emploi...Nous allons vous prescrire (sic!) un accompagnement à l'emploi...
Dans nimporte quelle société qui se porterait bien, le chômeur ne partirait pas avec cet a priori si negatif collé à son vêtement. Même si des abus sont dénoncés, dans une société saine, ils seraient traités au cas par cas avec la fiabilité de la Règle, de l'action juste. Mais nous ne sommes pas dans cette société-là. Nos parents l'ont mangée et nos grands parents qui ont oublié de mourir achèvent d'en finir les miettes.
Dans ce domaine aussi le réveil sera difficile et cruel. Les premiers sacrifiés ne seront pas nécessairement les plus fautifs. J'ai peur de faire partie de cette charette-là et de connaître un jour le pavé dur en guise de lit...
Depuis quelques années, quand il pleut ou qu'il fait très froid et que je suis dehors, je pense de plus en plus à cette perspective.
Ceux qui donnent des leçons sur le chômage, citoyens lambdas dont le soi-disant bon sens est souvent un tissus d'inepties et politiques aux discours bien rôdés, ne l'ont jamais connu. On n'en sort pas indemne...Quand on en sort.
08 avril 2008
Retour de flamme

Pschhhhhhhh! (bruit d'un extincteur)
Comment le dire?
Je n'ai pas pu m'empêcher hier de partir dans un grand éclat de rire lorsque la première dépêche AFP est tombée sur mon écran. Elle faisait état d'incidents dès le départ du parcours de la flamme olympique à Paris, ainsi que d'une...extinction!
La première d'une longue série d'ailleurs.
Comment avouer qu'un adepte du respect, de l'humanisme et de la non-violence (pas l'imbécile des "peace & love" des seventies tordues, non, plutôt celui des Lumières, de Gandhi ou de Luther King) tel que je le suis a éclaté de rire au spectacle de la débordante mascarade d'hier là où d'autres auraient pleuré?
Mon Dieu, enfin une prise de conscience, un sursaut de dignité sur cette terre des droits de l'Homme! Enfin un épisode où les masques sont tombés, ceux des brutes et des mollassons en premier...
Je ne suis pourtant pas dupe. Dans l'impitoyable guerre des images, il fallait bien occuper le devant de la scène. Au badge insipide des athlètes français ont répondu les drapeaux aux menottes de RSF et celui, tellement plus poétique, du Tibet dont le sens premier a été d'autant plus élargi qu'il représente désormais le symbole d'un refus opposé au rouleau compresseur chinois.
Il fallait quelques actions d'éclat, des coups de matraque, du sang sur des visages... Je sais qu'on vilipendera encore la police qui n'exécutait finalement que des ordres donnés par la hiérarchie. C'est à elle qu'il conviendrait de demander des comptes. A ces mêmes responsables qui sont allés prendre leurs directives auprès d'une ambassade chinoise pleine de morgue. Depuis quand le Parti aux étoiles jaunes fait-il la loi en France? Combien de temps va-t-on accepter que de vieux aparatchicks amidonnés et gominés dictent leurs désirs en agitant contrats et menaces sous nos yeux?
Si la diplomatie est un trésor, il ne faudrait pas imaginer qu'elle serve de remède à tout. La mollesse en la circonstance serait la pire des choses. C'est pourquoi la contestation doit continuer.
En d'autres termes, il faut pourrir ces jeux. Non pas dans le stade, sur les pistes, dans les bassins où seul l'esprit du Zeus olympien doit perdurer au delà des temps, mais partout ailleurs. Que Pékin prenne en pleine figure la bêtise et les mensonges de son régime. Au dela de la ville qui, en d'autres circonstances, eût mérité de bien beaux évènements, c'est aussi au CIO que doit être adressé ce camouflet. Que l'Organisation paye ses années de magouilles, de petits arrangements sous la houlette des Samaranch et des Roggue. Il faut pourrir ces jeux, sans violence, en montrant juste qu'on croit encore à quelques vertus simples, que l'argent et les contrats n'ont pas tout acheté.
Et là, nous autres, citoyens du Monde, nous avons notre rôle à jouer et notre mot à dire.
Aux dernières nouvelles, il paraitraît que la pseudo presse chinoise s'est offusquée du "blasphème" parisien. Parfait, c'est un bon début. Ca lui passera.
03 avril 2008
Tiédeur coupable...

Bloody Beijing par Christophe Jannin
Les crétins du CIO affirmaient que le temps était enfin venu d'intégrer l'Asie aux zones organisatrices des Jeux olympiques. Ils ont fini par les attribuer au pire des représentants de ce continent, la Chine.
Après avoir noyé l'esprit de Coubertin dans les tourbillons trop sucrés et trop pétillants de Coca-Cola, à Atlanta, refusant à Athènes le rendez-vous de 1996 qui aurait logiquement dû s'y tenir, un siècle tout juste après la restauration des jeux antiques, les grands calculateurs sont allés plus loin dans la forfaiture en apportant sur un plateau ciselé de mirobolants contrats avec le géant chinois.
Au pays du sourire pourtant depuis longtemps, il n'existe pas une seule raison humaine valable pour s'être laissé ainsi endormir par les belles paroles de la langue de bambou. Rien de ce qui compose les piliers de l'olympisme n'y est respecté, à commencer par un semblant de Droits de l'Homme.
Il ne s'agit pas de jouer ici au père-la-morale, juste de refuser le silence des politiques et des diplomates. Et je susi d'autant plus légitime dans mes propos que je travaille avec des chinois fraîchement expatriés, que je les pratique ici en France. Avec ma petite expérience, je sais déjà que le CIO et l'Occident ont fait fausse route.
La culture chinoise ne respecte ni les courbettes, ni les faibles. Croire que "Beijing 2008" apportera un semblant d'ouverture est naïf. Le répéter à qui mieux-mieux, malhonnête.
La situation du Tibet -la partie la plus visible des effets d'un régime politique aux abois qui brise bien d'autres minorités- est révélatrice d'une situation que les occidentaux, à force de forfanteries, ont laissé pourrir depuis des décennies.
Ce territoire à l'histoire complexe et chaotique, mais à la culture unique au monde, d'une richesse et d'une profondeur tout à fait originales est passé à la moulinette de la médiocrité maoïste avec d'autant plus d'entrain que les autorités chinoises savent bien que personne n'osera bouger.Les intérêts sont bien trop importants: TGV par-ci, A380 par-là, centrales nucléaires et aux réseaux posés par des Français, des Britanniques ou des Allemands... Elles demeurent dans une logique de défi, saupoudrée de considérations nationalistes qui feraient frémir plus d'un Etat, leur dialectique est bien rôdée.
Nous autres, citoyens alphas ou lambdas, nous avons laissé faire, comme nous n'avons rien dit, ou presque, lorsque le patrimoine de Coubertin fut confié au Dragon rouge. Nous devons donc assumer ce choix jusqu'au bout en faisant en sorte que nos athlètes s'affontent là-bas et montrent ce qu'est vraiment l'olympisme.
Cependant, le temps de la tiédeur doit maintenant céder la place à celui de l'action. Il est temps de demander des comptes et la sauvegarde d'un peuple et de sa culture. Il est temps que la parole de ses autorités légitimes en exil soit respectée à défaut d'être écoutée.
J'entends les sportifs français dire qu'ils vont se mobiliser dans le respect de la charte olympique si contraignante... Ils se retrouveront donc autour d'un...badge! Un badge pour protester... On croit rêver!
La charte ne permet aucune revendication politique dans les lieux consacrés à l'Olympisme parce qu'elle a été établie à une période ou l'idéal du sport et de l'humanisme existait encore. Ce temps est dépassé. A situation exceptionnelle, action exceptionnelle. Qui remarquera le badge français? Qui s'en inquiétera? Personne.
Il faut viser plus haut, sans violence afin de respecter à la fois l'esprit de Coubertin et celui des sages Lamas. Bientôt la flamme olympique passera par Paris et par bien d'autres villes d'Europe. Dans les mains d'un coureur, elle traversera l'aire carrée délimitée par les pieds arqués de la Tour Eiffel. Je voudrais qu'alors une haie d'honneur se constitue, entièrement pavoisée aux couleurs du drapeau tibétain, ce tableau plein de lumière et d'espoir... Des dizaines de drapeaux qui se redresseraient au passage du feu pour que personne n'oublie, pour que la lumière foulant notre sol se charge d'encore plus de puissance symbolique là, sous la Dame de fer...
Le pire serait de ne rien tenter ou de laisser aux débordements populaires le soin de régler l'affaire. Le badge ne représente qu'un dédouanement tiède et -dans le fond- coupable. Il arrive un moment où l'on ne peut plus s'asseoir sur ses convictions, ou l'acte de résistance pour l'autre devient impérieux.